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Focus - Tribune

Mardi 10 Novembre 2009

Riches ou pauvres ?

La question peut-elle encore être posée aujourd’hui, tant est élevé notre niveau d’endettement ! Riches, assurément, car roulant sur des habitudes bien ancrées, sans bilan carbone ni bilan financier, sans aucune remise en cause de nos comportements aberrants. Toujours plus et plus vite ! Pauvres, très clairement, tant sont lourdes les échéances à venir. Donc, à nous de gérer ce curieux paradoxe, un grand classique de l’économie cependant.

Pour Nouriel Roubini, professeur d’économie à l’université de New-York, La réduction des déséquilibres macroéconomiques est indispensable (tribune parue dans Le Monde du 30 octobre 2009). Pour Nicolas Baverez, la mondialisation est une véritable révolution qui clôt l’ère post keynésienne, dominée par la montée en puissance des marchés au détriment des Etats. Il importe en conséquence de se prémunir contre « l’économie de bulles ». Ces deux opinions sont proches : il faut moraliser !

Les embrassades médiatisées du couple franco-allemand ont scellé un nouveau compromis historique, entre les deux États locomotives de l’Union, mais sans réelle surprise cependant des observateurs et du sérail politique : il faut laisser filer les déficits, et faire porter sur les générations futures la charge de l’énorme dette accumulée. La paix sociale est à ce prix, et il n’est pas surprenant que chaque déplacement en province sur des lieux sinistrés s’accompagne de la signature d’un chèque supplémentaire tiré sur la collectivité (les sommes s’échelonnent entre plusieurs dizaines de millions et dépassent parfois le milliard, sans pour autant satisfaire le besoin vital, l’appétit ordinaire ou même la gourmandise des corporations).

Si ces deux grands Etats se sont accordés sur cette perspective, force est de constater que c’est la chancelière allemande qui s'est rendue aux arguments français, en gravissant les escaliers du palais de l’Elysée : le modèle de vertu germanique, pragmatique et historiquement luthérien s’effondrait alors. Mais il ne faut en tirer aucune gloire nationale, ni imaginer un instant que cette union de façade nous épargnera les jours sombres annoncés.

On se souvient des critères de convergence issus du traité de Maastricht (inflation limitée, déficit à 3 points, et dette publique à 60%). On se souvient aussi de ce que l’on appelle encore la « stratégie de Lisbonne », lancée au mois de mars 2000, qui mêlait croissance et développement, dans une ambiance de folle gaieté, et qui avait pour ambition de faire de l'Union l'économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique qui soit en 2010... Que d’échecs patents et pourtant prévisibles, malgré quelques percées dans la politique de libéralisation des « services publics ». Ces objectifs, sans même compter avec la crise mondiale récente, étaient hors d’atteinte, tout simplement.

Nous constatons donc, dans cette période curieuse,  que les pouvoirs publics sont tout sauf vertueux, et à tous les niveaux de l’Etat, alors que, dans le même mouvement, établissements publics, collectivités et entreprises sont largement bridés. On rappellera à cet égard que le déficit budgétaire dépassera les 140 milliards d'euros en 2009 et que l'Objectif national d'évolution des dépenses de l'assurance maladie (ONDAM) s'établit à 30,6 milliards d'euros pour 2010. Si l’on y ajoute les 25 à 50 milliards du futur emprunt (en se référant aux propos du président de la République), ainsi que les déficits cumulés des comptes sociaux non encore remboursés par la Caisse d'amortissement de la dette sociale (CADES), on comprend mieux que les critères de Maastricht sont un amusement d’étudiant, un jeu de rôle et un cas d’école.

Près de 10 points de déficits, avec un endettement supérieur à 80% ! Certes, la comparaison avec de nombreux pays amis nous flatterait presque car nos intérêts sont bien liés, et la sortie du cycle vertueux (du moins au niveau di discours) est sans doute une chance pour les investissements. Mais chacun sait bien que nos déficits sont structurels aux trois-quarts, et que les mesures de relance s’épuiseront vite.

Il existe un ministère de la relance depuis quelques mois. Sa feuille de route semble tracée : nous garantir que la relance ne nous appauvrira pas davantage !