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Focus - Tribune

Dimanche 14 Decembre 2008

Quelle vie scolaire dans les établissements de demain ?

Dans son plan pour l’Éducation nationale, Robespierre proclamait que la surveillance devait être confiée aux pères eux-mêmes, en même temps que l’administration des écoles : « Je propose que, tous les ans, les pères de famille du canton réunis choisissent, pour chaque maison d’éducation nationale, un conseil pris dans leur sein… Chacun des membres du conseil sera obligé de donner, dans tout le cours de l’année, sept jours de son temps… pour suivre la conduite des enfants » (discours à la Convention du 29 juillet 1793).

Si ce plan ne s’est jamais concrétisé, il portait en germe ce qui allait constituer un des fils directeurs de l’action des maîtres d’études, des surveillants généraux et des actuels conseillers d’éducation : substituts de la figure du père, pères Fouettard ou garants du lien avec les parents, tous ont accompagné l’évolution des familles et de leur appréhension du rôle de l’école.

Les événements de mai 68 ont balayé le modèle du « surgé » et de la forme d’autorité qu’il incarnait. L’héritage n’en est d’ailleurs jamais revendiqué par ses successeurs. Régulièrement, pourtant, il ressurgit. Lorsque, aujourd’hui encore, des parents d’élèves comprennent d’autant mieux qui est le CPE quand on leur explique qu’il est le successeur du surveillant général. Lorsque l’institution évoque le retour possible à l’école d’avant-guerre avec blouse et séparation des filles et des garçons. Ou lorsqu’une chaîne de télévision remet à l’honneur la figure du surveillant général dans un show télévisé qui réunit un soir 7 millions de téléspectateurs redécouvrant, dans une forme de nostalgie médiatique, la rigueur et la discipline supposées du pensionnat de leurs parents ou grands-parents.

C’est sans doute que l’image du cerbère était facile à décrypter. Le rôle et les missions des CPE, en tension permanente entre l’éducatif et l’autorité, le sont bien plus difficilement.

De nouveau, le contexte évolue considérablement. On peut se demander si la fonction de CPE ne se révélera pas nécessaire dans les futurs établissements publics du premier degré (qui n’existe ni dans le premier degré, ni dans l’enseignement supérieur, ni à l’étranger) dont certains pourraient constituer des structures d’une taille plus importante que certains collèges. Les établissements quant à eux sont appelés à devenir toujours plus autonomes. Les familles toujours plus indépendantes vis-à-vis de l’école. Les élèves, de plus en plus nombreux semblerait-il, à fréquenter le lycée à la carte, choisissant leurs cours et réussissant tout de même souvent leur scolarité.
Quelle voie médiane et moderne trouver entre l’indispensable respect de l’assiduité scolaire et la tentation du tout autoritaire ? Le lycée caserne est depuis longtemps derrière nous. S’il s’agit de s’acheminer vers un lycée campus, quelle vie scolaire faudra-t-il y inventer ?

 

Pour aller plus loin : Cahiers de l'Education n°79, Berger-Levrault, novembre 2008.