Imprimer

Focus - Revue de presse

Mardi 15 Septembre 2009

Rapport Stilglitz : un peu de bien-être dans un monde de brut

Passer d'un PIB à un PID, d'un Produit intérieur brut à un Produit intérieur doux, voilà ce que préconise en substance le collectif d'experts FAIR (Forum pour d'autres indicateurs de richesse), lequel rassemble pas moins de deux cents personnes et associations actives "dans les milieux de l'art, de la culture, de l'écologie, de la santé, de l'éducation populaire, de l'action humanitaire et de l'économie solidaire", cité par le site Place-Publique.fr, qui titre, à propos du rapport Stiglitz : le PIB, un indicateur de croissance dépassé. Pour le site économique E24, cependant, le rapport Stilglitz sur le PIB ne propose rien de nouveau, malgré un casting excellent, vingt-cinq économistes de renom dont cinq prix Nobel (parmi lesquels Joseph Stiglitz lui-même). Ils ont planché pendant plus d'un an sur les insuffisances du PIB comme indicateur économique, de progrès et de bien-être social, au sein de la commission de mesure de la performance économique et du progrès social, commente le site, mais le rapport voulu par Nicolas Sarkozy au début de l'année 2008 ne fait pas de vagues et laisse sur sa faim, la commission elle-même estimant que "loin de clore le débat, son rapport ne fait que l'ouvrir". E24 relève que les auteurs du rapport renvoient la construction d'autres indicateurs agrégeant des données sociales, économiques et environnementales à "des travaux de recherche plus vastes" ou encore à un débat au sein "d'autres entités au niveau national ou international". Pour Marianne 2, "tout change parce que rien ne change" : censé révolutionner le PIB, le rapport Stiglitz propose simplement d'y ajouter d'autres indicateurs connus de longue date pour se donner bonne conscience. Toutefois, note Les Echos, le président Sarkozy place le rapport au cœur de l'après-crise. Le document formule douze recommandations pour mettre fin à la suprématie du produit intérieur brut et compléter cet indicateur par des mesures sur le bien-être des individus et le développement durable. "Il ne s'agit pas d'ajustements à la marge, mais d'ajustements de fond qui vont profondément modifier notre perception", a indiqué Joseph Stiglitz, cité par le journal économique. Lequel ajoute que pour le prix Nobel d'économie, le PIB "est une mesure de la production marchande, mais n'est pas une mesure fiable du bien-être". La commission préconise donc de mettre l'accent sur le produit national net ou le revenu réel des ménages. "Nous ne changerons pas nos comportements si nous ne changeons pas la mesure de nos performances", a souligné le président de la République, qui fait siennes les recommandations du rapport, indiquant qu'il sera désormais une référence et demandant à l'Insee d'adapter (en conséquence) son outil statistique. D'ailleurs, la France "se battra pour que toutes les organisations internationales modifient leurs systèmes statistiques", a affirmé le chef de l'Etat. Quant à Christine Lagarde, ministre de l'Economie, citée par Le Point, elle a déclaré : "Les indicateurs macro-économiques, tels que le PIB, l'inflation ou le pouvoir d'achat conservent toute leur pertinence, mais j'estime naturel que la statistique publique s'enrichisse de nouveaux indicateurs tenant mieux compte de l'évolution et de la disparité des niveaux de vie et des contraintes qui pèsent sur les ménages". Pour le site EurActiv.fr, le rapport Stiglitz ajoute une pierre à la volonté européenne de réformer le PIB. Mais la France est loin d'être la première à se pencher sur son insuffisance, souligne-t-il, indiquant que depuis quinze ans, la commission européenne réfléchit à la mise en place d'un nouvel indice prenant en compte davantage de paramètres. Une réflexion qui a abouti, fin août 2009, à la publication d'une feuille de route prévoyant d'enrichir le PIB avec des données concernant les ressources naturelles, les capitaux humain et social, plutôt que la seule utilisation de la ressource. L'Union européenne a par ailleurs fixé à 2010 la mise au point d'un "indice de pression environnementale", prenant en compte les progrès accomplis dans les domaines du changement climatique et de l'utilisation énergétique, de la biodiversité, de la pollution de l'air ou de l'eau et de la production de déchets.