Imprimer

Focus - Revue de presse

Mardi 19 Janvier 2010

La presse, le 19 janvier 1910...

Une revue de presse particulière : nous avons choisi de reproduire un article paru il y a cent ans jour pour jour, en l'occurence un article de Jean Jaurès consacré à la défense de l'école laïque et publié dans l'Humanité du mercredi 19 janvier 1910. On rappellera que Jaurès est issu d'une famille catholique et qu'il n'a jamais abjuré sa foi (on pourra se reporter à cet égard à la biographie de Jean-Pierre Rioux). Il sera même la cible d'une campagne de presse très violente en 1901 : il lui est alors reproché d'avoir laissé sa fille faire sa première communion. Cette position explique sans doute que ses propos visent avant tout l'Eglise, "une institution qui n'a plus ni lumière, ni règle, ni tactique intelligente", et non la religion en elle-même.

Bataille perdue

 

La journée d'hier a été désastreuse pour l'épiscopat et pour toute la campagne engagée contre l'école laïque. Le ministre de l'Instruction publique a démontré que les hobereaux de l'Ouest usaient d'une pression détestable sur les journaliers, sur les métayers, sur les pauvres, pour les obliger à retirer leurs enfants des écoles de la République. Grande leçon pour ceux des nôtres qui croient ou qui disent que la bataille pour la laïcité n'a pas un intérêt social!

Et il a en même temps donné connaissance à la Chambre des manuels en usage dans les écoles cléricales et où se prolonge l'esprit de réaction le plus stupide, l'esprit d'intolérance le plus suranné. Il en est qui vont jusqu'à dire cyniquement aux enfants que l'Eglise ne se résigne à la liberté des cultes et des croyances que tant qu'elle n'a pas la force de la supprimer; dès qu'elle aura un peu de feu et un peu de bois, elle rallumera les bûchers.

C'est odieux! et c'est puéril. Ce qui me frappe en toute cette aventure, c'est l'anarchie de l'Eglise, c'est sa décomposition, c'est sa maladresse. Avoir entrepris ce combat contre l'école laïque en vue des élections, avoir restitué au parti radical hésitant et affaibli, troublé par le problème social, une solide plate-forme, avoir dénoncé les manuels de nos écoles tout en laissant dans les écoles catholiques des livres qui exposaient l'Eglise à de terribles représailles, c'est le signe d'une institution qui n'a plus ni lumière, ni règle, ni tactique intelligente.

Par une politique de vigueur mesurée et de sang-froid, la République aura raison de cet assaut misérable et pourra bientôt réserver toute sa force à la réorganisation de la démocratie et au progrès social.

Jean Jaurès

(L'Humanité du 19 janvier 1910.)