Focus - Revue de presse
Mercredi 22 Juillet 2009
Pôle emploi "en surchauffe" ou la dure loi de l'offre et de la demande
Né de la fusion entre les Assedic et l'ANPE (Agence nationale pour l'emploi), Pôle emploi était censé mieux accompagner les demandeurs d'emploi dans leurs recherches et les entreprises dans leurs recrutements. Quelque six mois plus tard, Pôle emploi, "débordé" (Le Journal du Dimanche), "saturé" (Jobetic), "en surchauffe" (Capital.fr), fait l'objet d'un plan d'urgence qui prévoit notamment le recours au privé. Il s'agit en réalité d'un véritable "plan de bataille", selon l'Agence France Presse, annoncé ce mardi 21 juillet par le gouvernement pour faire face à l'afflux des inscriptions à Pôle emploi prévu à la rentrée. Objectif : réduire les délais d'indemnisation et améliorer l'accueil des chômeurs. Alors que 20.000 à 35.000 demandes d'indemnisation sont déposées chaque jour à Pôle emploi, avec un stock moyen de 60.000 dossiers en attente, l'organisme prévoit d'arriver début septembre à "zéro dossier en instance", a expliqué Laurent Wauquiez, secrétaire d'Etat chargé de l'emploi. Le directeur général de Pôle emploi, Christian Charpy, a estimé que chaque conseiller a actuellement en moyenne la charge de 90 demandeurs d'emploi, loin des 60 promis lors de la fusion. Les syndicats évoquent pour leur part 150 dossiers, note l'AFP. Autre objectif "prioritaire" relevé par Le Figaro, l'accueil et l'inscription des demandeurs d'emploi, avec notamment un accueil téléphonique (le 3949) "amélioré". Le taux de réponse des conseillers de Pôle emploi, actuellement de 70%, devra passer à 80% au 1er septembre puis à 90% mi-octobre. Pour cela, explique le quotidien, 500 personnes seront affectées à des plateformes téléphoniques régionales, renforcées par une "plateforme nationale de débordement". En agence, "500 personnes supplémentaires" ont été embauchées "en contrats aidés", complétant les 1.840 personnes récemment recrutées et "actuellement en formation", selon Christian Charpy. Le Pôle emploi fera également appel dès la rentrée à des opérateurs privés pour la gestion de 320.000 dossiers, souligne La Tribune. "Cela reste encore marginal, comparé aux 2,5 millions de demandeurs d'emploi que Pôle emploi prend en charge", rétorque son directeur général, cependant que Luc Chatel, porte-parole du gouvernement déclarait sur LCI qu'il "n'y a pas de mal à sous-traiter à des professionnels, des spécialistes du sujet, [ce que] d'ailleurs l'administration fait dans de nombreux domaines". Selon Les Echos, la direction de Pôle emploi et les partenaires sociaux se seraient réunis hier après-midi pour sélectionner les opérateurs retenus parmi une quinzaine de candidats (cabinets de reclassement, agences d'interim…). En tout, 66 lots régionaux sont à attribuer et la procédure devrait être entièrement bouclée la semaine prochaine, précise le journal économique. Du côté syndical, l'annonce passe mal, indique Le Monde. Sylvette Uzan-Chomat, du bureau national de la SNU-(FSU) du Pôle emploi, y voit une "réponse extrêmement coûteuse" à l'arrivée d'un surplus de chômeurs. Selon elle, un dossier traité par un opérateur privé était facturé "4.500 euros – du temps de l'ANPE – contre 780 s'il avait été traité par le service public". Le SNU aurait préféré qu'un "véritable service public de l'emploi" soit mis en place pour "faire face à une crise économique sans précédent". Pour FO, le recours à des opérateurs privés pour l'accompagnement des chômeurs "ça a toujours été niet", selon Sébastien Socias interrogé par Libération. "Nous sommes opposés à toute distribution d'argent public à des opérateurs privés. (…) On sait pertinemment que ça ne marche par mieux, alors que ces prestataires privés sont rémunérés trois à quatre fois plus cher". Pour finir, Les Echos relève ce constat (cette critique ?) de Laurent Wauquiez concernant Pôle emploi, qui, débordé par l'afflux des demandes d'emploi, aurait oublié de s'occuper des offres. "La relation avec les entreprises a été un peu trop délaissée", a souligné le secrétaire d'Etat et insisté : "On a des emplois à gagner même en période de crise".




