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Focus

Mercredi 24 Mars 2010

Remaniement : réforme de l’Etat et fonction publique en première ligne

Réforme de l’Etat et fonction publique sont en première ligne de ce mini-remaniement gouvernemental, au lendemain de la défaite électorale encaissée par la majorité présidentielle, remaniement qualifié par certains de "technique", avec assurément un fort arrière-goût politique. D’aucuns parleront d’ouverture à droite, d’autres de coup de barre.

"Geste de rassemblement", préfère dire le chiraquien François Baroin, nommé ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l’Etat. Celui qui a largement critiqué la politique de Nicolas Sarkozy depuis 2007 a clairement indiqué que "tout ce qui a été engagé sera poursuivi, d’autant que la période est une période dure, difficile, de crise. (…) Il ne serait y avoir un éloignement sur le plan de la méthode, du calendrier et de l’objectif : une stricte maîtrise des dépenses publiques." Ce qui est visé, selon François Baroin, c’est le rebond de la France, lequel passe par un rebond de l’économie, "donc par une maîtrise des déficits." Quant à la réforme en interne, "dure, difficile, exigeante", elle ne peut se passer du dialogue social, selon le nouveau ministre : "Les réformes n’ont de sens que si elles permettent d’améliorer le quotidien et l’efficacité d’action du service de l’Etat."

En quittant Bercy pour la rue de Grenelle, Eric Woerth a emporté dans ses bagages la fonction publique. Le voici désormais ministre du Travail, de la Solidarité et de la Fonction publique. Sur cette dernière attribution, il sera secondé par le villepiniste Georges Tron, qui devient secrétaire d’Etat à la Fonction publique. Une renaissance, ce secrétariat d’Etat, qui avait disparu en juin 2009, avec le départ d’André Santini, au grand dam des syndicats de fonctionnaires qui y voyaient un renforcement du traitement comptable de la fonction publique. "Le ministre du Budget a étouffé le ministre de la Fonction publique", déclarait récemment un syndicaliste. Sur le principe (à démontrer) que la "fonction fait l’homme", Eric Woerth reviendra-t-il pour autant sur des engagements tels que le non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Rien n’est moins sûr. Dans un entretien accordé en janvier dernier à la revue Société civile, publiée par l’IFRAP (Institut français pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques), le député de l’Essonne, rapporteur spécial de la commission des finances de l’Assemblée nationale sur le budget de la fonction publique, estimait que "sur l’ensemble de la législature, l’application de (cette) règle permettrait une économie totale brute de 4,5 milliards d’euros pour environ 155 300 départs non remplacés, soit 7% des effectifs de l’Etat."

Autre dossier "brûlant" pour Eric Woerth : la réforme des retraites. Là encore "Sera-ce la fonction qui fera l’homme" ? Non, répondent en substance certains syndicalistes, tel le secrétaire général de la CFTC, Philippe Louis, craignant que, là aussi, "la piste comptable soit privilégiée". Pour eux, nettement, c’est l’homme qui fera la fonction.

Guy Malherbe