Focus
Jeudi 23 Septembre 2010
Les maires des grandes villes demandent un Grenelle de la sécurité urbaine
Dans son éditorial de présentation de la dixième conférence des villes, qui a eu lieu hier à l’Hôtel de Ville de Paris, Michel Destot, président de l’Association des maires des grandes villes de France (AMGVF) et député-maire de Grenoble, reprend les termes de Jean-Paul Delevoye, le médiateur de la République, qui décrit "une société (française) qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l’envie du vivre-ensemble" ajoutant que "cette société émiettée est en grande tension nerveuse." Les récentes violences urbaines en témoignent, commente le maire de Grenoble, qui conclut : "les maires des grandes villes ont souhaité consacrer la dixième conférence des villes à la cohésion sociale et urbaine pour témoigner de leur engagement au quotidien et formuler leurs propositions en faveur de nouvelles solidarités."
En clôture de la journée, Michel Destot a présenté à Jean-Louis Borloo, le ministre de l’écologie, le manifeste "Ce que veulent les maires des grandes villes de France" qui reprend les principales conclusions des différents thèmes traités dans la journée et décline les propositions que les maires souhaitent faire porter au niveau national.
La sécurité, premier pilier de la cohésion sociale et urbaine
Premier thème mis en avant par le manifeste : la sécurité, premier pilier de la cohésion sociale et urbaine. "La sécurité est d’abord une responsabilité régalienne, souligne le manifeste, en introduction. (…) Nous avons un rôle important à jouer, notamment en matière de prévention de la délinquance. Mais nous savons que la répression est de la compétence de l’Etat (police nationale, gendarmerie, justice). L’AMGVF demande "la tenue d’une rencontre nationale qui réunira l’ensemble des acteurs, qu’ils soient nationaux ou locaux, représentants de l’Etat (police, éducation nationale, justice, emploi…), des collectivités et des associations qui interviennent dans nos villes." Les maires des grandes villes réclament également : le gel du non-remplacement d’un fonctionnaire sur deux dans la police nationale et la gendarmerie ; une meilleure utilisation des effectifs de la police nationale ; davantage de moyens financiers au bénéfice du Fonds interministériel de prévention de la délinquance…
La politique de la ville : une priorité nationale
Quant à la politique de la ville, elle doit être une priorité nationale. "Notre pays a laissé se territorialiser la misère et l’exclusion. Trop de territoires se trouvent, de fait, « spécialisés » dans l’accueil des populations en grande difficulté. Certains sont devenus des ghettos. D’autres sont en passe de le devenir." D’où les propositions suivantes : une politique spécifique et appropriée en faveur des quartiers populaires ; des moyens exceptionnels pour les quartiers réputés les plus sensibles ; la pérennisation et le lancement dans les délais les plus rapprochés d’un programme ANRU 2 (Agence nationale pour la rénovation urbaine) ; une meilleure articulation des différentes administrations en charge de la politique de la ville…
Le logement : une grande cause nationale
Autre enjeu prioritaire : la politique de l’habitat. "Le logement doit être considéré comme une grande cause nationale". Les préconisations du manifeste sont : l’introduction d’une offre diversifiée de logements HLM correspondant à une véritable diversité sociale (prêt locatif aidé d’intégration/PLAI, prêt locatif à usage social/PLUS, prêt locatif social/PLS) ; le soutien et la consolidation des programmes locaux de l’habitat (PLH) ; la reconnaissance des grandes villes et de leurs groupements comme autorités organisatrices des politiques sociales du logement sur leur territoire ; un bilan d’étape du droit au logement opposable (DALO)…
Il faut des moyens financiers
La mobilité durable (avec notamment le désenclavement de tous les quartiers sensibles d’ici 2014), la jeunesse et l’éducation (entre autres, un renforcement de la lutte contre le décrochage scolaire), une politique territoriale de l’emploi (formation professionnelle ay qualification pour chaque jeune, création systématique d’agences Pôle emploi dans les sites où le chômage est le plus élevé), politiques culturelles des villes (avec prise en compte de la diversité)… Voilà pour les autres thèmes relevés dans le manifeste.
"Nos villes demandent de la sécurité, de la cohésion sociale et urbaine, du projet partagé, une nouvelle gouvernance" a affirmé Michel Destot tout en ajoutant : "Mais il faut pour cela les moyens financiers nécessaires."
Guy Malherbe




