Focus
Mardi 06 Juillet 2010
Trois jours avant sa démission, Christian Blanc défend le Grand Paris devant les DGS d'Ile-de-France
Ironie du sort : quelques jours après avoir annoncé qu'il rencontrera bientôt les élus de la région Ile-de-France pour évoquer les projets de transports dans le cadre du Grand Paris, Christian Blanc a présenté sa démission du Gouvernement, le 4 juillet. Le secrétaire d'État chargé du Développement de la région capitale devra passer le relai à Michel Mercier pour ce projet qu'il a porté et défendu devant les élus.
Englué dans l'"affaire des cigares", il est écarté peu de temps après l'adoption du projet au Parlement, alors que de nombreuses questions restent en suspens : y aura-t-il à terme fusion du projet de métro automatique (double boucle) avec le projet Arc Express élaboré par la région Ile-de-France ? Comment financer l'ambitieux chantier du Grand Paris ? Quelle coordination avec les réseaux de transports existants ?
Jeudi 1er juillet, lors d'une table ronde organisée par le Syndicat national des directeurs généraux des collectivités territoriales (SNDGCT), à Marne-la-Vallée, l'ex-secrétaire d'État chargé du Développement de la région capitale a tenu à expliquer à nouveau, devant les directeurs généraux des services (DGS) de l'Ile-de-France, les enjeux du Grand Paris. "Le projet du Grand Paris répond à trois soucis majeurs", a indiqué Christian Blanc. "Premièrement, il faut faire en sorte que Paris soit un facteur essentiel du dynamisme économique et politique", à l'image de grandes capitales internationales, comme Londres, New York ou Tokyo.
Le deuxième enjeu est urbanistique : "Il faut permettre à l'agglomération parisienne d'avoir l'ensemble des capacités qui vitalisent la vie quotidienne et le bassin d'emploi". Troisième enjeu, jugé "essentiel" par Christian Blanc : la cohésion sociale. "Nous avons des disparités qui sont inadmissibles et la responsabilité est historique. Une partie de la population vit dans des conditions inacceptables", a-t-il souligné. Le Grand Paris sera-t-il à la hauteur de ces enjeux ?
Le principal chantier prévu dans la loi, promulguée le 3 juin, repose sur la construction d'un métro automatique, dit "double boucle", d'ici 2023. Un tracé de 130 km, comportant une quarantaine de gares, destinées à relier des "pôles stratégiques" entre eux ainsi qu'aux aéroports et aux gares TGV. Mais ce chantier d'envergure (plus de 20 milliards d'euros) suscite des incompréhensions au sein des collectivités territoriales. Tels certains des DGS présents à Marne-la-Vallée qui se sont interrogés sur la facilité du Gouvernement à mobiliser des moyens financiers sur le projet alors qu'eux-mêmes peinent à améliorer leurs réseaux locaux de transports collectifs, aujourd'hui saturés : "Qu'est-ce qui fait que le projet de métro automatique a plus de chance de réussir dans des délais raisonnables ?", a demandé un directeur général de Saint-Germain-en-Laye à Christian Blanc.
Reconnaissant l'existence d'"anomalies" dans la réalisation de certains projets de transports en Ile-de-France, Christian Blanc a cependant tenu à différencier le financement et la responsabilité du Grand Paris, qui repose entièrement sur l'Etat, des transports dont la compétence appartient à la région. Un moyen de recentrer le débat, car, a-t-il expliqué, certains projets d'infrastructures sont parfois bloqués en raison de divergences entre les élus. Ne proposant pas de réponse réelle aux inquiétudes immédiates, Christian Blanc a cependant souligné que le métro automatique devrait soulager le réseau de transport existant. "Dans le cas de la réalisation du Grand Paris, la rapidité d'action est essentielle", a ajouté Christian Blanc. Quant au financement, il se prévoit sur du plus long terme : "il faudra de 40 à 50 ans pour rembourser les emprunts", a indiqué l'ancien secrétaire d'Etat.
Egalement présent à l'occasion de la table ronde, le vice-président de la région Ile-de-France, Jean-Luc Laurent, a rappelé qu'un projet de transport était à un stade bien plus avancé que celui du Grand Paris : le projet Arc Express, élaboré par les élus de la région Ile-de-France. "La double boucle et Arc express vont se fondre", estime Christian Blanc. Côté région, le discours n'est pas aussi optimiste : "Nous ne sommes pas encore au temps de la fusion", juge Jean-Luc Laurent, "il y a un projet qui est prêt, l'autre est à l'état de schéma".
Si la fusion des deux projets ne semble pas encore à l'ordre du jour, le dialogue est engagé entre Etat et région. Une procédure de débat public sur le Grand Paris doit être lancée dans un délai de quatre mois à compter de la promulgation de la loi. Lors des discussions du projet de loi en commission mixte paritaire, il a finalement été décidé d'intégrer le projet Arc Express au débat public. Un premier pas vers la réconciliation ?
Agnès Verry
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