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Focus

Lundi 14 Juin 2010

François Fillon : déficit public et souveraineté nationale

Un Premier ministre combatif et résolu, tel a voulu se montrer François Fillon lors de la "Réunion des nouveaux adhérents de l'UMP" le samedi 12 juin. Un Premier ministre qui en appelle à la lucidité, à la solidarité et au courage : "Mes chers amis, les temps sont durs, et à tous ceux qui nous rejoignent, je ne peux promettre que des efforts, de la ténacité et du civisme."

Les enjeux sont présentés comme étant d'importance : "De la chute de la banque Lehman Brothers, qui a provoqué la pire des crises financières depuis 1929, à la faillite de l'Etat grec, ce qui est en train de se jouer actuellement, c'est l'avenir du continent européen." Et des preuves sont données : "Pendant que l'Europe peine à investir, la Chine engage 300 milliards de dollars pour son réseau ferroviaire. Tandis que 1 000 milliards de dollars sont prévus par l'Inde, le Brésil et à nouveau la Chine pour développer leurs technologies de l'information."

L'heure "des efforts, de la ténacité et du civisme" a sonné. Le Premier ministre déploie donc un plan articulé autour de deux exigences et d'une ambition.

Renforcement de la compétitivité et assainissement des finances publiques

Première exigence, le renforcement de la compétitivité de l'économie française. La défiscalisation des heures supplémentaires, la réforme de la taxe professionnelle, la réforme du crédit impôt recherche, l'allégement des droits sur les successions et les donations sont présentés comme autant de mesures au service de cette exigence.

Deuxième exigence, l'assainissement des finances publiques, avec un objectif clairement énoncé : ramener le déficit public de 8% en 2010 à 6% en 2011, 4,5% en 2012 et 3% en 2013. Soit une réduction dudit déficit de pas moins de 100 milliards d'euros (il s'est élevé en 2009 à 138 milliards) !

Le plan du gouvernement ? Cinquante milliards de dépenses en moins et cinquante milliards de recettes en plus. Sont mobilisés côté dépenses : le maintien du non remplacement d'un départ sur deux dans la fonction publique de l'Etat, l'élargissement de cette politique aux opérateurs de l'Etat (643 en nombre, ils ont en charge une activité de service public et emploient 371.000 personnes), la réduction des dépenses de fonctionnement courant (10% en trois ans avec un premier pas de 5% dès la première année), l'extension de cet effort aux dépenses d'intervention, le respect de l'objectif de dépenses de santé (3% en 2010, 2,9% en 2011, 2,8% en 2012, 2,7% en 2013), le gel des transferts de l'Etat aux collectivités locales ("les collectivités locales, comme c'est naturel, comme c'est l'évidence, devront participer à cet effort d'assainissement") et, last but not least, 5 milliards d'économies sur les niches fiscales.

Côté recettes, la croissance est appelée à la rescousse : "ce sera 35 milliards de rattrapage, après la crise, des pertes de recettes conjoncturelles ; évidemment, quand on était en récession, l'ensemble de la fiscalité, la TVA, l'impôt sur les sociétés rendaient moins... Et au fur et à mesure que la croissance revient, les recettes recommencent elles-mêmes à croître." Trente-cinq milliards auxquels s'ajouteront 15 milliards correspondant à la fin des dispositifs de soutien à l'économie (le plan de relance de janvier 2009).

De la souveraineté nationale

Deux exigences incontournables au service d'une ambition, la souveraineté nationale : "La souveraineté nationale, c'est-à-dire la capacité pour la France de demeurer maîtresse de ses choix politiques, demeurer maîtresse de ses finances publiques, et a fortiori de son modèle social." Tout au long de son discours, François Fillon aura à cœur de mentionner la souveraineté nationale (et sa fragilité) comme l'intérêt général (et son importance). Il jugera que les Etats ont trop longtemps considéré que leur puissance régalienne était synonyme de garantie absolue et qu'ils pouvaient emprunter sans contraintes. La lecture du dernier essai de Jacques Attali, au titre évocateur, Tous ruinés dans 10 ans ?, montre que l'Histoire n'est à cet égard qu'un éternel recommencement avec, à la clé, des redistributions du pouvoir financier, économique et politique… 

Et demain ?

Si comparaison n'est pas raison, on rapprochera malgré tout les 100 milliards d'euros du plan français des 80 milliards du plan allemand, présenté le 7 juin. On les rapprochera d'autant plus que le président de la République, Nicolas Sarkozy, rencontre ce jour la chancelière fédérale de l'Allemagne, Angela Merkel. Objet de la rencontre : la préparation du Conseil européen de cette fin de semaine (avec des approches pour le moins divergentes de la coordination des politiques européennes et de la création d'un "gouvernement économique" de la zone euro, une création chère à Nicolas Sarkozy), ainsi que du G20 de Toronto des 26 et 27 juin. On les rapprochera d'autant plus que le taux d'intérêt "exigé" par les marchés financiers pour souscrire aux emprunts d'Etat français s'est accru la semaine dernière et que la différence de taux (le spread) observée entre la France et l'Allemagne a alors dépassé les 0,5%. On les rapprochera d'autant plus que la Banque des règlements internationaux (BRI) vient de rappeler que les banques françaises et allemandes sont fortement engagées sur les dettes de la Grèce, de l'Irlande, du Portugal et de l'Espagne (les "mauvais élèves" actuels de l'Union européenne) : 493 milliards pour les banques françaises et 465 milliards pour les banques allemandes.

Laquelle BRI ajoute dans son rapport trimestriel publié ce jour, lundi 14 juin : "Le plan de sauvetage européen a repoussé pour un temps le risque de contagion des marchés de la dette souveraine en euros, sans toutefois rassurer les investisseurs quant aux perspectives économiques."

Que le Premier ministre est bienvenu quand il sollicite le sens de l'intérêt général et la défense de la souveraineté nationale !


Christophe Pouthier