Focus - Tribune
Mardi 16 Fevrier 2010
Pauvreté et exclusion sociale : la "désunion" des forces et de l'action publique ?
L'UNCCAS (Union nationale des centres communaux et intercommunaux d'action sociale) s'est trouvée soudainement effacée de l'affiche de la "Journée d'ouverture de l'année européenne de la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale" qui se tiendra le 18 février. Elle s'en émeut :
"C’était l’occasion d’unir les voix de l’ensemble des acteurs investis dans le processus d’intégration - qu'elles soient nationales ou associations territoriales, partenaires sociaux ou entrepreneuriales- afin de partager leurs actions et de leur permettre d’exprimer l'étendue de leur engagement contre la pauvreté et l'exclusion. L’UNCCAS fortement et concrètement impliqué dans cette problématique se réjouissait de cette initiative. Jusqu’à ce jour où nous disparûmes du programme."
Retour sur image : l'Union européenne initie chaque année une campagne de sensibilisation dénommée Année européenne. Après l'innovation et la créativité en 2009, la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale est retenue pour l'année 2010. On rappellera qu'en mars 2000, lors du lancement de la stratégie de Lisbonne, les chefs d’État et de gouvernement s'étaient engagés à donner "un élan décisif à l'élimination de la pauvreté". Une élimination programmée pour 2010!
Crise aidant, le moins que l'on puisse dire est que le résultat est loin d'être atteint. Une Année européenne est donc la bienvenue en la matière. Pourquoi l'UNCCASS ne l'est-elle plus (bienvenue) en ce qui concerne la journée d'ouverture, organisée sur le plan national sous le triple patronage du premier Ministre, du Haut-Commissaire aux solidarités actives contre la pauvreté et du ministère de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer? La question mérite effectivement d'être posée. Seule union nationale de CCAS, l'UNCCAS fédère 3.700 centres communaux ou intercommunaux (soit 5.500 communes) et représente aujourd'hui 42 millions de citoyens. Fondée en 1926, elle constitue, selon son président, Patrick Kanner, l'une des plus vieilles associations d'élus de France. À l'heure de la réforme territoriale, la reconnaissance, publique, de l'action sociale menée par des structures publiques, historiquement, géographiquement et humainement proches de toutes et de tous eut été, à divers titres, la "bienvenue".
Le communiqué diffusé par l'UNCCAS a beau jeu de rappeler que les communes et les CCAS "s'inscrivent en interlocuteurs privilégiés des personnes plongées dans la détresse par la crise (…). En 1 an, 75 % des CCAS interrogés affirment devoir faire face à des demandes en hausse, et 19 % des sollicitations nouvelles émanent de demandeurs jusqu'ici inconnus des centres." Le communiqué fait valoir que les CCAS ont récemment investi le domaine du micro-crédit à travers un dispositif "qui permet l'accès au "crédit bancaire" pour tous et en particulier pour les personnes qui actuellement en sont exclues ou qui sont rejetées vers des solutions de financement souvent abusives". Patrick Kanner tient en outre à rappeler des éléments de la doctrine qui fonde la démarche des CCAS. Il précise, dans cet esprit, la notion de développement social durable :
"Le développement social durable insiste également sur la notion de «capacité»: il cherche à favoriser tout ce qui permet aux personnes de renforcer leur capacité à agir, et à réduire leur vulnérabilité. Il s’agit de rééquilibrer la personne à un moment de sa vie et non de l’assister."
Face à une question primordiale pour nos sociétés dites développées, celle de la pauvreté et de l'exclusion sociale (et de son accroissement), il est curieux d'assister à une forme de "désunion" des forces et de l'action publiques.
Christophe Pouthier
Directeur de la rédaction




