Focus - Tribune
Mardi 15 Juin 2010
Déficit de la sécurité sociale : et si l'on parlait de prévention?
Réunie le 9 juin, et présidée par Eric Woerth, Roselyne Bachelot-Narquin, François Baroin et Nora Berra, la commission des comptes de la sécurité sociale (CCSS) a présenté les données 2009 ainsi que les nouvelles prévisions pour 2010. Une présentation du type verre à moitié vide – verre à moitié plein !
Côté vide, 10,2 milliards d'euros en 2008, le déficit du régime général s'élève à 20,3 milliards en 2009 (-4,4 milliards et -10,6 milliards pour la branche maladie). Côté plein, primo le déficit 2009 est en amélioration de 3,1 milliards par rapport aux prévisions établies au moment du vote de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2010, secundo les nouvelles prévisions établies par la CCSS pour 2010 laissent entrevoir un "mieux" de 3,7 milliards par rapport à la même moi. Les causes du mieux ? D'une part, la reprise de l'économie française s'est manifestée plus rapidement et plus nettement que prévue, entraînant un accroissement de recettes à due concurrence. D'autre part, l'objectif national des dépenses d'Assurance maladie (ONDAM) est globalement respecté. Maîtrise des dépenses d'un côté, progression des recettes de l'autre… Avec néanmoins, vérité des chiffres, un solde qui s'aggrave : -26,8 milliards en 2010 selon les derniers calculs.
Si le verre est plein à court terme, il risque donc de rester vide à moyen et long terme. Les Agences régionales de santé (ARS) sont appelées à la rescousse : "créées en avril 2010, [les ARS] vont permettre d’améliorer le lien entre ville, hôpital et médico-social mais aussi les 150 projets de performance des hôpitaux." Une réponse essentiellement institutionnelle ! Et si le panorama de santé avait changé de nature ? Et s'il était aujourd'hui essentiellement dominé par les "affections de longue durée" (qui se déploient sur plusieurs années, voire plusieurs décennies), les ALD, et non plus par des maladies aiguës très ponctuelles ? Et si les coûts de traitement des ALD étaient sans commune mesure avec ceux des maladies aiguës ? Et si ce traitement relevait d'abord et avant tout de la prévention et non plus des soins ? Et si le système de santé s'avérait fortement inadapté par rapport aux besoins de santé actuels, à savoir la prise en charge des ALD (d'où, en partie, la loi Hôpital Patients Santé Territoires, loi HPST), des maladies comportementales pour la plupart d'entre elles ? Cela fait certainement beaucoup de si.
Mais si l'on voulait mener une politique fondée sur une réelle anticipation de l'avenir en matière de santé, ce que ne fait à aucun moment la loi HPST…
Christophe Pouthier
Directeur de la rédaction




