Focus - Revue de presse
Mercredi 10 Mars 2010
Réforme de la justice : la Chancellerie ne chancelle pas !
Aux cris de la "Justice au pas, on n’en veut pas", plusieurs milliers de professionnels de la justice ont manifesté mardi à Paris et en province pour protester contre la "casse" du système judiciaire, annonce Le Figaro, qui souligne qu’une mobilisation unitaire sans précédent a réuni magistrats, avocats, greffiers, mais également éducateurs, agents de probations, gardiens de prison. Une première, selon Libération, qui cite cette phrase d’un anonyme : "Pour que les magistrats soient dans la rue, il faut vraiment que la coupe soit pleine". D’autres journaux parlent de "ras-le-bol", comme Le Point, ou de "cri du cœur", comme France Soir.
La Tribune revient sur les raisons qui ont rassemblé une vingtaine d’organisations de magistrats et de personnels du monde judiciaire et pénitentiaire à cette manifestation. Pour le journal économique, la suppression du juge d’instruction sans modification du statut du parquet figure en tête des nombreux griefs engendrés par le projet de réforme, lequel envisage de confier toutes les enquêtes aux procureurs, les magistrats du parquet subordonnés à la Chancellerie. Les protestations visent aussi les gardes à vue. La Tribune note que les avocats dénoncent l’explosion de leur nombre à cause d’une "politique du chiffre", et qu’ils exigent d’assister, dès leur début, aux interrogatoires des personnes gardées à vue. Les opposants à la réforme s’en prennent également à la réforme de la carte judiciaire et dénoncent un coup porté à la justice de proximité. Autre motivation de la manifestation citée par La Tribune : le manque chronique de moyens de la justice, qui s’est aggravé selon les syndicats avec la révision générale des politiques publiques (RGPP).
Sur I-télé, Michèle Alliot-Marie a affirmé, non sans malice, ce mercredi, que "Ce n’est pas parce que tous les professionnels de la justice sont peu nombreux à manifester ou à faire grève hier que je ne les entends pas", soulignant que "toutes les réformes menées par les précédents gardes des Sceaux ont provoqué des manifestations". "Nous irons au bout en essayant d’avoir le meilleur texte possible, en écoutant tout le monde" a-t-elle ajouté. Quant aux faibles moyens de la justice dénoncés par les manifestants, "J’entends leurs difficultés quotidiennes liés au budget", a répondu la ministre, tout en rappelant que cela durait "depuis plus de cinquante ans" et que "ça ne se rattrape pas du jour au lendemain".
La Croix reprend la déclaration de Guillaume Didier, porte-parole de la Chancellerie, qui répond à la critique de la suppression du juge d’instruction : "Jusqu’ici, à peine 3% des enquêtes étaient menées par un juge d’instruction. Les autres l’étaient par un procureur, magistrat du parquet. A l’avenir, chacune d’elles sera dirigée par un procureur, mais sous le contrôle d’un juge de l’enquête et des libertés (JEL) qui présentera les mêmes garanties d’indépendance que le juge d’instruction."
Dans un communiqué, Michèle Allliot-Marie enfonce le clou : "C’est une garantie pour les mis en cause et pour les victimes". Puis elle ajoute : "La réforme augmente les garanties de la défense et donne davantage de droits aux victimes. Les mesures retenues assurent qu’aucune affaire ne puisse être étouffée. L’usage de la garde à vue est limité aux cas où elle est réellement nécessaire, la présence et l’efficacité de la présence de l’avocat en garde à vue sont renforcées."




