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Focus - Revue de presse

Mercredi 03 Mars 2010

La Poste, société anonyme, privée… de privatisation

La contestation sur le changement de statut de La Poste, née à l’été 2009, a trouvé son épilogue lundi 1er mars, indique Le Monde. La Poste, qui était un établissement public depuis 1991, est officiellement devenue une société anonyme à capitaux publics, comme la quasi-totalité des autres postes européennes – Luxembourg excepté, ajoute le quotidien du soir.

L’établissement recevra bientôt 2,7 milliards d’euros de capitaux publics de la part de l’Etat et de la Caisse des Dépôts et Consignations, relève boursier.com, qui rappelle l’objectif : affronter la concurrence européenne en vue de l’ouverture totale du marché le 1er janvier 2011… tout en restant un établissement 100% public. Le site rappelle que le conseil d’administration doit encore valider le processus et rapporte les propos de Christine Lagarde et Christian Estrosi tentant de rassurer les syndicats : "C’est un service public qui devient imprivatisable".

Capital.fr revient sur les 2,7 milliards de capitaux publics, citant la déclaration de Jean-Paul Bailly, le président de La Poste : ils permettront notamment de moderniser les bureaux et de développer l’activité banque (23% de l’activité en 2008). Reste à savoir si ce changement de statut permettra de doper une activité qui a du mal à faire face à l’essor d’Internet et des e-mails, s'interroge le site : après avoir reculé en 2009, le chiffre d’affaires du segment courrier pourrait chuter de 50% dans les trois prochaines années, selon Christian Estrosi.

Le site du Nouvel observateur reprend à son tour les déclarations du ministre du commerce : "Il était urgent que nous le fassions (le changement de statut). (…) On ne pouvait pas regarder la TNT hollandaise, la Deutsche Post se développer, se moderniser et se dire "nous allons partir à la conquête d’un certain nombre de marchés, notamment du marché français, pendant que La Poste française va rester repliée sur elle-même et ne va pas se donner les moyens de faire face à la concurrence".

Quant à la ministre de l’Economie, Christine Lagarde, lors de l’inauguration, le jour même du changement de statut, de la plateforme industrielle de traitement du courrier de Bois-d’Arcy, dans les Yvelines, elle s’est réjoui du fait que "La Poste est le service public de la poste", soulignant qu’il s’agit du "service public préféré des Français". "C’est un jour de célébration", s’est-elle exclamée, alors que Christian Estrosi, qui l’accompagnait, a renchéri par cette phrase, citée par Le Parisien : La Poste reste "à 100% un établissement public avec les petites voitures jaunes, avec des hommes et des femmes qui se sentent des salariés du public".

Des propos qui ne suffisent pas à éteindre la contestation des syndicats de La Poste et de la gauche. Ouest France rappelle qu’ils voient dans la réforme une porte ouverte sur la privatisation, au détriment des publics les plus fragiles et les moins rentables. Le quotidien régional revient sur la "votation citoyenne" du mois d’octobre 2009, sans valeur juridique. N’empêche, constate Ouest France, elle a drainé 2,3 millions de personnes dans dix mille "bureaux de vote" improvisés. Ce qui, pour le moins, témoigne de l’attachement des Français au service public de "leur" Poste. En outre, ajoute le quotidien, pour garantir dans la durée le maintien dudit service public, le Gouvernement n’a pas lésiné sur les promesses. Le statut des fonctionnaires – la moitié des 295 000 employés – est confirmé, le régime de retraite complémentaire des postiers garantis.