Focus - Revue de presse
Mercredi 08 Septembre 2010
Retraites : "ferme" sur les 62 ans et "attentif" sur la pénibilité
Inflexible sur le cœur de la réforme, notamment le report de l’âge légal de départ à 62 ans, mais prêt à des aménagements sur la pénibilité et les carrières longues, tel est l’état d’esprit de Nicolas Sarkozy selon Libération, au lendemain d’une mobilisation contre son projet de loi sur les retraites qui a rassemblé quelque 2,7 millions de personnes dans les cortèges un peu partout en France (1,1 million selon la police). Lors d’une déclaration devant le Conseil des ministres de ce matin, ajoute le quotidien, le chef de l’Etat s’est d’abord dit "attentif" aux préoccupations exprimées par la rue. S’agissant d’une réforme qualifiée d’essentielle par le chef de l’Etat, "il est normal, selon lui, qu’elle suscite des inquiétudes et des mobilisations importantes, comme cela a été le cas hier."
S’il n’est "pas question", pour Nicolas Sarkozy, de revenir sur l’âge légal de départ à 62 ans, le journal Les Echos note que le président de la République demande au Gouvernement d’améliorer le dispositif carrières longues créé en 2003 : "Tous ceux qui sont rentrés très jeunes sur le marché du travail, c’est-à-dire avant 18 ans, et qui ont toutes les années de cotisations requises, pourront continuer à partir à 60 ans, voire avant." Autre demande exprimée par le Chef de l’Etat : un assouplissement de la notion de pénibilité et un renforcement de sa prévention. Nicolas Sarkozy souhaite que "toute personne présentant un taux d’incapacité de 10% (au lieu des 20% et plus proposés jusqu’alors) puisse faire valoir ses droits à la retraite à 60 ans." Il souhaite également "que des branches professionnelles ou des entreprises s’engagent dans des négociations pour proposer à leurs salariés exposés à des facteurs de pénibilité un aménagement de la fin de leur carrière, qu’il s’agisse de temps partiel ou d’actions de tutorat." Quant à l’aspect prévention de la pénibilité, le président veut que le projet de loi engage "une réforme de la médecine du travail" et que les entreprises négocient "des accords" et prévoient des "plans d’action en matière de prévention".
Le Figaro s’attarde sur la notion de pénibilité au travail, une notion complexe à définir. Certains métiers ont des impacts insidieux sur la santé qui ne se voient pas au moment de la retraite, note le quotidien, qui pose la question : quand un travail est-il assez dur pour justifier une fin de carrière anticipée ? On comprend aisément pourquoi certains métiers sont "usants". Un ouvrier du bâtiment qui aura porté des sacs de briques sur son dos pendant trente ans ou un travailleur à la chaîne sont susceptibles de porter les stigmates de leur carrière sur leur corps. Mais d'autres activités professionnelles ont des impacts plus insidieux sur la santé, qui ne se voient pas avant 60 ans. D'où la difficulté de faire aboutir le débat sur la définition d'emploi "pénible". Outre la difficulté de tenir compte d'un possible effet à retardement, les médecins du travail se heurtent aussi au manque d'informations sur leurs patients. "Il est très compliqué d'établir la pénibilité, car chaque parcours professionnel est différent", résume, dans Le Figaro, Michel Berthet, responsable du département "Homme au travail" à l’Institut national de recherche et de sécurité. Le Point note à ce propos que le président de la République a évoqué la création d’un "comité scientifique" pour "progresser rapidement dans notre connaissance des effets de certains facteurs de pénibilité à impact dit différé."
La Tribune relève que Nicolas Sarkozy a aussi précisé qu’il maintiendrait pendant cinq ans le dispositif permettant aux fonctionnaires ayant eu trois enfants et quinze ans de service de faire valoir leurs droits à la retraite avant l’âge légal. Une mesure que George Tron, interrogé sur BFM radio, évalue à 350 millions d’euros.
Cela dit, "une autre réforme des retraites est possible", estime François Chérèque, secrétaire général de la CFDT, dans une tribune publiée par Le Monde et signée par plusieurs sociologues, économistes et chercheurs. "Nos systèmes de retraite par répartition sont confrontés aux défis du vieillissement de la population comme aux conséquences d'une situation de l'emploi dramatique, lestée par les effets de la récente crise financière. Leur équilibre financier doit rester une préoccupation majeure des pouvoirs publics comme des partenaires sociaux si nous ne voulons pas ouvrir un boulevard à la retraite par capitalisation.
Pour autant, le projet de réforme des retraites proposé dans l'urgence par le Gouvernement pour répondre aux exigences de la notation financière et crédibiliser la signature de la France sur le marché de la dette publique, ne garantit pas, à long terme, la pérennité de notre système par répartition. Bien au contraire, il aggrave les injustices. Sa mesure phare, le relèvement de l'âge minimum de départ à la retraite de 60 à 62 ans, accroît les inégalités et restreint les possibilités de choix des salariés sur qui repose l'essentiel des efforts consentis.
Autre point de vue relayé par Le Monde, celui d’Attac et de la Fondation Copernic qui estiment que le projet de réforme des retraites lèse les femmes. Ces deux associations de gauche ont d’ailleurs saisi hier la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) à ce sujet.
Côté syndicats, la CGT ne rejette pas l’hypothèse d’une grève générale : "millimètre après millimètre, les choses sont en train de bouger" a déclaré Bernard Thibault sur TF1. Jean-Claude Mailly, secrétaire général de FO, sur RTL, a réclamé l’abandon du texte. Tandis que François Chérèque, relayé par Aujourd’hui en France, a prévenu qu’il faut que "le Gouvernement parle vite… (sinon) il organise la radicalité" et "on n’a pas d’autre solution que de continuer" la mobilisation contre la réforme. Une manifestation nationale pourrait être organisée à Paris samedi 18 septembre, précise le quotidien.
Guy Malherbe




