Focus - Revue de presse
Mardi 04 Mai 2010
Un vent écolo-sceptique souffle sur le Grenelle 2
Le projet de loi Grenelle 2 sur l’environnement arrive aujourd’hui sur le pupitre des députés dans un climat de défiance alimenté par quelques reculs spectaculaires du Gouvernement et la mobilisation des lobbies anti-éoliens, note Le Parisien, qui commente : l’heure n’est plus à la fête et l’examen de la loi Grenelle 2 – la boîte à outils du Grenelle 1 – intervient dans un contexte difficile pour l’écologie. Depuis l’échec de la conférence de Copenhague sur le climat en décembre, l’ "écolo-scepticisme" a gagné du terrain jusque dans la majorité, indique le quotidien. Celui-ci souligne aussi les reculs lourds de sens opérés par le Gouvernement : abandon de la taxe carbone, report de la taxe poids lourds, ainsi que les propos de Nicolas Sarkozy au salon de l’agriculture : "l’environnement, ça commence à bien faire."
Cependant, Jean-Louis Borloo, au micro de France Inter ce matin, "ne désespère pas que, dans le cadre du débat qu’il va y avoir, finalement, cette forme de consensus républicain puisse à nouveau se réinstaller." Méthode Coué ou profonde conviction ? "Je pense simplement que tout ceci mérite de dépasser un tout petit peu nos contingences politiques parce que les enjeux sont majeurs", a poursuivi le ministre de l’Ecologie. Il dément par ailleurs tout recul politique sur les questions écologiques, selon l’agence Reuters.
Ce que contestent les associations de défense de l’environnement et les élus Verts, qui estiment que le texte mis à l’examen des députés a été vidé de sa substance dans un contexte de recul général du droit de l’environnement. Dans Les Echos, Jean-Louis Borloo défend au contraire les avancées d’ores et déjà acquises : "Sur 373 engagements du Grenelle Environnement, plus de 90% sont déjà réalisés ou en cours de réalisation. (…) Pour le reste, nous devons continuer à démontrer la réalité économique de la croissance verte et surtout réaffirmer le sens politique de notre action sans laisser l’idéologie reprendre le dessus."
EuroActiv.fr passe en revue les principaux textes européens dont s’inspire le projet de loi, par exemple : l’amélioration énergétique des bâtiments visant notamment à accroître de 20% l’efficacité énergétique d’ici 2020 ; un changement essentiel dans le domaine des transports, avec, entre autres, des mesures en faveur des transports collectifs, dans la perspective, là aussi, d’une réduction de 20% des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2020… Autres grands chapitres rappelés par Europe 1 : énergie et climat (objectif affiché : la réduction de la consommation énergétique et la prévention des émissions de gaz à effet de serre) ; énergies renouvelables (engagement lors du Grenelle 1 à produire 23% de l’électricité française à partir d’énergies renouvelables, dont un quart grâce à l’éolien) ; biodiversité (interdiction de la publicité sur les pesticides pour les jardiniers amateurs, développement d’une trame verte et bleue sous la forme d’un réseau connecté d’espaces verts protégés) ; santé (interdiction des téléphones portables en maternelle, primaire et collège, renforcement de la surveillance de la qualité de l’air).
Avec 104 articles et 1.600 amendements déposés, la discussion constitue l’ultime étape de mise en œuvre du "new deal écologique" annoncé en octobre 2007 par Nicolas Sarkozy, retient Libération. Le tout en trois jours, ce qui fait dire à Noël Mamère sur RTL : "je pense que c’est une manière d’escamotage", avant de rebaptiser "champ de ruines" ce que Jean-Louis Borloo qualifie de projet "en forme de cathédrale". Alors que treize associations de défense de l’environnement appelaient à manifester aujourd’hui devant l’Assemblée nationale, Ouest-France relève que huit organisations (dont WWF et la Fondation Nicolas Hulot) incitent les députés à "prendre leurs responsabilités" pour adopter ce texte, même imparfait.
Guy Malherbe




