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Mercredi 28 Mai 2014

La réforme territoriale, fer de lance de la réforme de l'administration

Abstention en hausse, démocratie en crise : quid de la participation citoyenne ?

"Second tour des municipales 2014 : l’abstention atteint un sommet", titrait Le Parisien au lendemain d’un scrutin qui n’avait mobilisé que 63,7 % des électeurs, un taux de participation qualifié d’"historiquement bas" par le Premier ministre, Manuel Valls, le quotidien du matin, quant à lui, identifiant cette situation à une "désaffection citoyenne".

Malgré un léger recul, avec un taux de 56,5 % (versus 59,37 % en 2009), l’abstention aux élections européennes du 25 mars est apparue, avec le FN, comme vainqueur du scrutin, certains n’hésitant pas à la mettre au rang de "premier parti de France", ce qui n’est pas sans interroger tout un chacun sur l’état de notre démocratie.

Dans une contribution publiée sur le site du Nouvel Observateur, le consultant Lionel Meneghin, parlant de "démocratie par défaut ", rappelait cette phrase de Machiavel : "En politique, le choix est rarement entre le bien et le mal, mais entre le pire et le moindre mal"  et citait, non sans malice, cette boutade de Coluche : "Si voter changeait quelque chose, il y a longtemps que ça serait interdit".

Abstention-vote sanction, abstention-démocratie par défaut, abstention-défiance, abstentiion-désintérêt, abstention-indifférence, abstention-« aquabonisme »... Voilà de quoi se poser de sérieuses questions sur le rapport que nos concitoyens entretiennent avec la démocratie et les institutions politiques. A cet égard une enquête du centre de recherches politiques de Sciences PO, le Cevipof, réalisée en décembre dernier, révèle que 69 % des personnes interrogées estiment que la démocratie ne "fonctionne pas très bien" ou "pas bien du tout" et que 60 % ne font confiance ni à la droite ni à la gauche pour gouverner le pays. Et pourtant, 61 % affirment qu’ils sont prêts à manifester pour défendre leurs idées.

Le fait est que, depuis 56 ans, l’abstention ne cesse de progresser. Un constat qui s’accentue dans les quartiers populaires, zones urbaines sensibles, une "sur-abstention" qui, selon l’association des maires Ville & Banlieue, "réside dans le sentiment de mise à l’écart et de ségrégation réelle ou supposée qui, indubitablement renforce le désinvestissement politique", et qui peut se traduire par cette interrogation désabusée : "A quoi bon porter un intérêt aux échéances politiques puisque ma situation sociale reste inchangée et que mes perspectives ne s’améliorent guère malgré les alternances politiques ?".

Question qui a vivement interpellé l’association Ville & Banlieue, laquelle a mené une enquête auprès de ses 120 maires adhérents sur le thème de la participation citoyenne, autrement dit la démocratie participative, l’objectif étant de sonder leurs pratiques, d'en mesurer les résultats et de faire le point sur les difficultés rencontrées. Constats…

Premier constat : la plupart des maires mettent en œuvre des politiques en faveur de la participation citoyenne, les trois quarts d’entre eux ayant d’ailleurs désigné un élu à cet effet.

Deuxième constat, qui concerne le sens politique qu’ils donnent à la participation citoyenne : 58 % disent vouloir "garder le contact avec les citoyens ordinaires et faire parler la société civile". Pour 71 % d’entre eux, il s’agit de "recueillir l’avis du public pour améliorer les actions et les projets de la municipalité", 68 % affirmant même vouloir "co-construire" leurs projets avec les habitants de leurs communes.

Troisième constat : la volonté, pour ces maires, de "renouer les fils de la proximité" en rassemblant régulièrement les citoyens de la commune "hors de toute obligation et de tout agenda électoral". Ce, via notamment les conseils de quartier, des commissions extra-municipales, des conseils de jeunes ou de seniors ou encore des instances multiformes de réflexion et d’échanges, des réunions publiques, des ateliers, des groupes de travail et autres formes plus expérimentales de rencontres telles que des panels citoyens, des forums ouverts, etc., les deux grands thèmes d’action donnant lieu à ce type de consultation étant le cadre de vie urbain (urbanisme, logement, environnement, transports…) et la jeunesse (éducation, sport, culture…).

Quatrième constat, en forme de bémol et empreint de frustration : si une majorité de maires juge ces concertations "sincères, efficaces et productives", ils dénoncent trois "limites fortes" à cette participation : difficultés à mobiliser les participants (60% parlent d’une participation "moyenne, à peu près constante dans le temps, […] quels que soient les moyens engagés", celles à réguler l’exercice participatif ("souvent délicat, périlleux, butant régulièrement sur le mécontentement, la frustration, l’agressivité des participants"), celles à toucher l’ensemble des catégories et des groupes sociaux (70 % des maires jugent que leurs instances de participation citoyenne ne sont "pas suffisamment représentatives, voire très peu représentatives de la population", et autant reconnaissent que "les plus fragiles demeurent les grands absents des réunions de concertation publique".

Et l’avenir dans tout cela ? La quasi-totalité (95%) des maires de banlieue souhaite continuer à développer la démocratie participative et tenter, malgré toutes les difficultés, de "rendre  une part de l’initiative aux habitants". Ils sont 97 % à juger "indispensable" ou "nécessaire" le développement du pouvoir d’agir des habitants. Ce qui fait dire aux auteurs de l’étude : "Façon d’en appeler tranquillement à une véritable révolution de notre démocratie, menacée – malgré les avertissements plus que centenaires de Tocqueville – de conduire les citoyens (des quartiers, comme ou plus qu’ailleurs ?) à leur propre démission."

Guy Malherbe

Aller plus loin

Les résultats de l’enquête

Tocqueville (sur le site sos philosophie)

Le baromètre de la confiance politique cevipof, vague 5


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