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Lundi 06 Avril 2009
Associations d'enseignants – Éducation nationale : une rencontre du troisième type ?
Les associations d'enseignants, créées pour la plupart au début des années 2000, élaborent un nouveau modèle destiné à promouvoir l'utilisation pédagogique des TICE (technologies de l'information et de la communication dans l'enseignement). Elles redéfinissent tant les pratiques de travail des enseignants et d'apprentissage des élèves que la nature des contenus pédagogiques. Les associations "Clionautes", "Lemanege", "Sésamath" et "Weblettres" ont procédé récemment à un état des lieux. Il en ressort très clairement qu'elles structurent peu à peu un nouveau paradigme.
Revisiter le service public de l'éducation
Les notions de service public et d'intérêt général irriguent naturellement la réflexion des associations. "Nous nous posons toujours les deux mêmes questions : où commence et où s'arrête le service public ? Où commence et où s'arrête l'intérêt général ? La production de contenus gratuits et libres de droits, le libre accès s'ancrent dans la notion de service public. Ma définition du service public de l'éducation est la suivante : donner à tous un accès à une éducation de qualité, sans considération de revenu ou de tout autre donnée, quelle qu'elle soit" (Sébastien Hache, président de l'association Sésamath).
Au moment où l'État réexamine les missions de service public, et leur bien-fondé, voire se retire de certaines d'entre elles, les questions posées sont d'importance. Qui va investir les champs laissés libres, quel sera le statut des productions et des services offerts, comment seront-elles financées, comment y accèdera-t-on. Toutes questions auxquelles les enseignants ne sont pas toujours, ou à tout le moins pas suffisamment, sensibles selon les intervenants : "nous ne nous sommes jamais trouvés autant qu'actuellement dans une forme de redéfinition de la notion de service public de l'éducation, sans le dire."
Les TICE : un levier pour un nouveau modèle pédagogique
Les TICE occupent une place particulière dans cette perspective : elles sont potentiellement porteuses de nouveaux produits, de nouveaux services, de nouvelles méthodes. À ce titre, elles peuvent être tout aussi bien un vecteur de service public qu'un vecteur de "privatisation".
Les associations d'enseignants ont décidé de tirer parti des TICE pour mettre en œuvre un modèle de type horizontal ou transversal. Le travail sur les contenus est un travail entre pairs sans hiérarchie. C'est un travail "collaboratif" : les productions sont critiquées, améliorées par touches successives, testées auprès des élèves. Les ressources pédagogiques sont libres de droits : les manuels scolaires de Sésamath sont proposés sous licence libre, à disposition de tout éditeur, quel qu'il soit. Ce sont également des ressources et des manuels "sociaux" dans la mesure où ils résultent d'un travail agrégatif conduit par une société d'auteurs. De leur côté, les élèves peuvent utiliser à leur gré les outils pédagogiques qui leur sont destinés : ouvrages, exercices interactifs, logiciels du type logiciel de géométrie dynamique. L'accompagnement éducatif, soit l'aide aux devoirs et aux leçons, représente un terrain de prédilection pour les associations : "je pense qu'il y a un domaine dans lequel il y a une place à prendre, c'est celui de l'accompagnement éducatif. Nos contenus sont en tout état de cause plus pertinents que d'autres pour cet accompagnement" (Caroline Jouneau-Sion, présidente de l'association Clionautes).
Si le modèle des associations se présente comme un modèle horizontal et transversal, celui de l'Education nationale est en revanche un modèle plus traditionnel, de type vertical et hiérarchique : l'autorité, le pouvoir et la responsabilité s'y déploient selon une structure pyramidale. La vérité didactique et pédagogique est du côté des inspecteurs, la validité éditoriale du côté des éditeurs. Au sein des associations en revanche, l'autorité, le pouvoir et la responsabilité sont globaux:, les contenus sont produits collectivement, le travail est un travail entre pairs, le consensus est de règle.
On remarquera que "auteur" et "autorité" ont la même origine latine : le verbe augere qui, dans un sens ancien, signifie créer. Dès lors qu'elles adoptaient le statut d'un auteur "social" (l'œuvre produite est le fruit d'une société d'auteurs), les associations d'enseignants opéraient un double mouvement : en écrivant, en accomplissant un acte de création, elles faisaient preuve d'autorité (acquérant ipso facto pouvoir et responsabilité) ; en adoptant le travail collaboratif, elles affichaient une autorité collective et partagée. Elles opéraient une rupture avec les modèles précédents : leurs fondements, leurs principes, leurs logiques se différenciaient radicalement de ceux de l'Education nationale (et de l'édition traditionnelle).
La reconnaissance de la francophonie
La rencontre est-elle possible ? Une synergie peut-elle en naître ? L'avenir le dira. En tout état de cause, la main semble tendue : "il y a une chose qu'il faut dire, depuis que l'on existe et que l'on aide les enseignants, on a toujours attendu un signe de reconnaissance" (Caroline d'Atabékian, présidente de l'association Weblettres).
Pour l'instant, les associations d'enseignants nouent des relations avec des institutions étrangères : "Des acteurs francophones, et même non francophones, sont intéressés par notre démarche et se déclarent prêts à investir dans notre modèle. Je pense à la Suisse, je pense aux pays d’Afrique pour lesquels l’enjeu est encore beaucoup plus grand : ils ne disposent pas de ressources pédagogiques" (Sébastien Hache). En 2007, l'association Sésamath a été récompensée par l'Unesco (mention d'honneur du Prix Unesco pour l'utilisation des technologies de l'information et de la communication dans l'éducation) "pour la qualité de ses supports pédagogiques et pour sa capacité démontrée à toucher un large public d’apprenants et d’enseignants".
La reconnaissance des associations d'enseignants est donc, pour l'instant, une reconnaissance "extérieure"…
Christophe Pouthier




