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Mardi 10 Octobre 2017

Cyril Lage : « le rôle de notre collectif est d’imaginer la démocratie de demain »

Cyril Lage a contribué à la naissance, en 2013, de « Démocratie Ouverte » (DO), l’un des collectifs citoyens les plus actifs en faveur d’un gouvernement ouvert. Il est également à l’initiative de la plateforme Parlement & Citoyens puis de la start-up Cap Collectif, qui a notamment permis aux citoyens de co-construire le projet de loi République numérique. Dernière initiative de Démocratie Ouverte : Système D, un incubateur collaboratif lancé par le collectif en décembre 2016, pour créer, accompagner et promouvoir les innovations démocratiques.

 

Quelles sont les missions de Démocratie ouverte ?

« Démocratie ouverte est un collectif citoyen indépendant qui rassemble aujourd’hui plus de 350 personnes, collectivités locales, particuliers, entreprises ou start-up « civic tech » ou encore organisations, engagées dans une démarche de « gouvernement ouvert », ce que les anglo-saxons dénomment « l’open government ». L’objectif est d’améliorer les modes de gouvernance et le fonctionnement politique de notre société, d’aller vers une démocratie plus ouverte, plus transparente, plus participative, plus collaborative. Nous pouvons nous définir comme des innovateurs démocratiques souhaitant tester de nouvelles manières de faire de la politique. Nous avons notamment contribué à mieux faire connaître en France le concept de gouvernement ouvert. »

 

Quels sont selon vous les enjeux d’un gouvernement ouvert ?

« L’enjeu principal est de faire évoluer notre système démocratique, en passant d’une démocratie opaque à une démocratie plus transparente, en interaction avec les citoyens, pour répondre à la crise de confiance de la démocratie et de l’action publique. Nous vivons une période de transformations majeures de nos modèles sociaux, économiques et politiques. Le numérique peut changer la donne, et pleinement contribuer à ouvrir nos modes de gouvernance. À cet égard, la dernière campagne présidentielle française, avec la victoire inattendue d’un candidat hors-parti, traduit un phénomène de fond : le rejet du système des partis traditionnels et l’essor du participatif. Le rôle de notre collectif, c’est de favoriser l’éclosion des initiatives de démocratie ouverte, d’accompagner les porteurs de projets, de tous les horizons (citoyens, entrepreneurs, associations, agents de l’Etat…), pour imaginer la démocratie de demain. »

 

Pourriez-vous revenir sur les expérimentations et les initiatives les plus marquantes de votre collectif ?

« Démocratie ouverte est à l’initiative de plusieurs dizaines de consultations numériques, à travers la plateforme Parlement & Citoyens, pour prendre en compte les avis citoyens dans le processus de fabrication de la loi : en 2014, par exemple, des centaines de citoyens ont participé à la co-construction de la proposition de loi du sénateur Joël Labbé visant à interdire les pesticides à usage non agricole, en amont du débat et de la promulgation de la loi par le Parlement. Par la suite, avec la même méthodologie de co-construction, la plateforme Cap Collectif a propulsé des opérations d'envergure comme la consultation sur le projet de loi République numérique (21 000 participants, 8 000 contributions), la consultation populaire « Paris 2024 » ou encore le dispositif participatif pour interroger les citoyens sur le choix du nom de la future région Occitanie (150 000 participants dans une région de plusieurs millions d’habitants).

 

Démocratie ouverte a également lancé l’expérimentation « Territoires hautement citoyens » (THC), coordonnée par Armel Le Coz et Enora Conan, visant à décliner localement les principes d’une gouvernance ouverte. Nous avons aussi accompagné la mairie de Mulhouse, par exemple, pour organiser un grand forum sur la question d’une démocratie plus ouverte. Les habitants ont été invités à participer sous forme d’ateliers, et 5 000 personnes ont été réunies, ce qui démontre l’engouement des citoyens. Suite à ce forum, la mairie de Mulhouse a élaboré un diagnostic et un plan d’action, avec la création d’une plateforme numérique, la naissance de jurys citoyens, mais aussi d’une « agence de la participation citoyenne », indépendante de la ville, avec son propre Conseil d’administration. C’est un cheminement qui s’est étalé sur plusieurs années, avec beaucoup de temps et de tâtonnement. Il n’est pas simple de faire cette transition démocratique vers un système plus ouvert, plus transparent. »

 

Plus récemment, vous avez lancé Système D, un incubateur collaboratif et vous venez de clôturer un premier appel à projet. Quel est l’objectif de cette nouvelle initiative et pouvez-vous nous donner quelques premières indications sur les projets déposés ?

 

« Système D est le premier programme d'accélération dédié à tous ceux qui souhaitent réinventer la démocratie. L'appel à projet s'est terminé dimanche 8 octobre 2017 et plus de 50 projets ont postulé. À la suite d'un processus de sélection qui se terminera le 25 octobre avec la réunion d'un jury de sélection indépendant, six projets seront accompagnés.

 

L'accompagnement par Système D comprend un coaching stratégique individuel avec un accompagnateur dédié, des temps d'accélération des projets sur les problématiques rencontrées par les innovateurs démocratiques, des sessions de co-développement pour favoriser la coopération inter-projets, l'accès à un pool d'experts, de compétences, de formations, de territoires d'expérimentation et de partenaires en fonction des besoins des porteurs de projet, un soutien en ressources humaines et le soutien de la communauté des 350 membres de Démocratie ouverte.

 

Le programme dure six mois, à raison d'environ 3 jours par mois d'ateliers présentiels. Les sessions ont lieu à Paris pour la première édition. Les porteurs de projets auront également un accès privilégié à un tiers-lieu d'innovation publique et démocratique à Paris.

 

Les missions de Système D sont multiples : d’abord, nous cherchons à accélérer et consolider le développement de projets existants, en réinterrogeant les fondements démocratiques des projets, en consolidant leur pérennité et en augmentant leur rayonnement. Ensuite, nous nous donnons également comme mission d'impulser et de mener des projets pour fédérer l'écosystème de l'innovation démocratique autour de grands chantiers communs comme le sujet du financement de cet écosystème. Enfin, nous souhaitons structurer le monde de l'innovation démocratique, un concept émergeant qui recoupe différents champs d'action comme la civic tech, le community organizing, l'éducation populaire, la gouvernance partagée, l'empowerement, etc. Système D cherche à favoriser les logiques de coopération entre acteurs de ces mondes pour l'instant peu connectés. Amener ces porteurs de projet à s'identifier comme étant des innovateurs démocratiques et à travailler vers un but commun devrait permettre à l'innovation démocratique d'être connue du grand public pour faire émerger un maximum de projets.

 

Propos recueillis par Julien Nessi

 

Plus d’infos :

http://democratieouverte.org

https://parlement-et-citoyens.fr

https://www.systeme-d.co

https://cap-collectif.com/

 

 

 

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