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Mardi 30 Mai 2017

La mobilité urbaine, un défi pour les villes intelligentes

La journée d’étude collaborative « Smart Urban Mobility: Nouveaux produits et services innovants » a rassemblé le 11 mai dernier plus de 50 personnes dans les locaux de l’Institut de recherche technologique System X à Palaiseau. Organisée par les chaires Anthropolis[1] et MADP[2], cette rencontre a permis de mieux appréhender la mobilité des usagers-citoyens dans leurs villes et de dessiner les contours de la mobilité urbaine de demain.

Trois thèmes principaux ont rythmé cette journée, en présence de nombreux experts, pour nourrir le débat sur la question de la mobilité au centre de la ville intelligente : « Transformations numériques des systèmes de mobilité », « Mobility as a service : comment la mobilité se transforme-t-elle en service ? » et « L’usager des services de mobilité dans la ville intelligente ».

« La chaire a pour objectif de placer l’humain au centre de la conception des systèmes et services de la ville et de son agglomération », a précisé Jakob Puchinger, responsable de la chaire Anthropolis, fruit de la collaboration entre l’IRT SystemX et l’école d’ingénieur Centrale Supélec. Cette affirmation a donné un sens supplémentaire à cette rencontre, organisée par la chaire Anthropolis en collaboration avec la Chaire MADP de Sciences Po, dont Berger-Levrault est partenaire. Jean-Bernard Auby, directeur de cette chaire et juriste de formation, a utilement  rappelé, en guise d’introduction, les enjeux juridiques et institutionnels autour de la smart city. L’évolution des villes en smart cities ne peut se faire sans l’évolution de la mobilité. Cependant, ces nouveaux systèmes soulèvent des questions de responsabilités, de protection de la vie privée ou encore d’assurance, et perturbent le cadre légal existant. Enfin, ce changement vers un nouveau système induit un nouveau type de gouvernance, posant la question de savoir qui pilotera à terme cette ville intelligente.

 

Des systèmes de mobilité transformés par le numérique

Le but de la première table ronde était tout d’abord de nous rappeler, qu’aujourd’hui, le numérique touche tous les secteurs. Aucun secteur d’activité n’est épargné par la révolution digitale qui modifie et change les usages. Il en est donc de même pour celui du transport. L’illustration la plus simple, c’est la montée fulgurante des applications dans le domaine du transport dont le but est d’optimiser la durée des déplacements. Ceux-ci incitent à une action intermodale de l’usager dans la smart city puisque ce qui l’intéresse est de pouvoir se déplacer d’un point A à un point B, et de préférence de façon efficace, introduisant de ce fait la notion de « mobilité urbaine ».

 

Avec la révolution digitale, c’est aussi l’avènement du Big data, un phénomène qui tend à favoriser l’émergence de startups dans le secteur du transport, venant concurrencer les grandes firmes plus connues ou bénéficiant d’une notoriété indiscutable. Et puisqu'on parle du Big data, on ne peut pas ignorer les diverses contributions du monde informatique. Il convient néanmoins de souligner que les informaticiens sont avant tout là pour comprendre les différents métiers de leurs collaborateurs afin de pouvoir développer des solutions adaptées à leurs demandes.

 

Et pour finir, la question du véhicule autonome a été évoquée. Il était nécessaire de discuter de l’impact de ce dernier quant à son éventuelle utilisation en smart city dans le futur. Ce système pourrait avoir la capacité de renforcer les lignes de transport en commun existantes, notamment concernant les premiers et derniers kilomètres qui séparent le lieu de fin d’utilisation des transports en commun et le lieu de destination réel (par exemple, distance entre la gare de RER et son bureau). Cependant, l’usage des systèmes autonomes soulève la question de leur acceptabilité par l’usager, mais également, des questions de sécurité, d’éthique, de responsabilité et d’assurance.

 

Comment la mobilité se transforme-t-elle en service ?

Ce qui est souvent revenu lors de la deuxième table ronde, c’est le fait que les citoyens connaissent mal la valeur de la mobilité. En réalité, les citoyens ne se rendent pas compte du coût réel de la mobilité, les divers services liés à la mobilité étant majoritairement pris en charge par le financement public. Une révision tarifaire de la mobilité est donc nécessaire pour redresser un système à la fois déséquilibré et en déficit. Toutefois, cette révision économique ne devrait pas détruire le système déjà existant pour les usagers.

 

En complément aux transports en commun, le covoiturage a été cité comme un moyen intéressant, à partir du moment où l’usager l’utilise assez régulièrement. Il convient de se poser quand même la question de savoir si ce mode de mobilité est rentable. Mais pour de grandes compagnies dans le domaine du transport, comme la SNCF, il peut être intéressant de voir le covoiturage comme un moyen de remplacer ou de renforcer des lignes de déplacement si jamais certaines sont en travaux. Ainsi, le covoiturage, qui constitue l’un des systèmes multimodaux existants, peut être un substitut utile puisque la voiture devient de ce fait un moyen de transport massivement utilisé. Il convient par ailleurs de gérer ce système de mobilité partagé afin de le rendre efficace en créant une plateforme multimodale pour limiter les contraintes liées, par exemple, au fait d’aller chercher les clients. Développer un système garantissant le voyage, fondé sur le principe que la masse et le flux des voyages sont suffisamment importants, est aussi primordial.


Quel rôle pour les données dans la ville intelligente ?

 

La troisième table ronde a plutôt traité de la question de la donnée et de son rôle dans la ville intelligente. La notion relevée était celle de la propriété de la donnée puisque les données sont utilisées mais aussi générées par l’usager lors de son évolution dans la smart city et souvent récupérées par des acteurs privés.

En réalité, la donnée, à partir du moment où elle est « anonymisée » n’a pas de propriété puisqu’il s’agit d’un bien commun. De même, il convient de souligner que certains acteurs privés admettent qu’éthiquement parlant, les données qu’ils utilisent ne leur appartiennent pas ; mais leur utilisation, elle, relève du privé même si elle offre un service utile à la collectivité (par exemple, Waze).

 

Quant à l’utilisation de la donnée ouverte, une « anonymisation » est nécessaire afin de ne pas toucher ou partager des données à caractère personnel ou sensible. À l’avenir, une question va se poser sur le droit de l’usager à partager ou non ses données. Il s’agit des notions de « consentement pour l’usage », ou « d’accession de la donnée », dans l’espoir de faire prendre conscience à l’usager ce qu’il partage ou ce qu’il ne consent pas à partager.

 

L’essor progressif de la mobilité urbaine et la question de la protection des données personnelles constituent, aux yeux des organisateurs, des défis à la fois techniques et juridiques pour les villes intelligentes, ou smart cities.

Pour revoir les interventions :

http://www.irt-systemx.fr/la-mobilite-urbaine-et-ses-implications-pour-le-droit-public-retour-sur-le-colloque-des-chaires-anthropolis-et-madp/

 

 

 

 

Paul BEST, Charline LECHAILLER, Emna BOUZOUITA et Manu-Fleury NDITIJE, étudiants à l’ECE Paris École d’ingénieurs (www.ece.fr/ecole-ingenieur/ece-paris/)

Stagiaires BERGER-LEVRAULT (18 avril – 21 juillet 2017) autour du thème de « l’Open data »

 

 

 


[1]La Chaire « Anthropolis » a été créée par SystemX, l’unique IRT en Ile-de-France dédié à l’ingénierie numérique des systèmes du futur, et le Laboratoire Génie Industriel (LGI) de CentraleSupélec, centré sur la modélisation et la conception de systèmes sociotechniques complexes. Les travaux de la Chaire portent sur des éco-innovations pour l’aménagement urbain et périurbain durable au service du citoyen et des collectivités, avec la prise en compte des interactions entre systèmes. http://www.irt-systemx.fr/project/anthropolis/

 

[2] La Chaire Mutations de l'Action publique et du Droit Public (MADP) s’est donnée pour objectif d’interroger les  formes et les méthodes de l’action publique. Plus d’infos : http://www.sciencespo.fr/chaire-madp/

 

 

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