Imprimer

Actualités

Jeudi 23 Fevrier 2017

Stratégie nationale d’intelligence artificielle et coopération internationale : les régions en première ligne

La Région Île-de-France et le Grand Tunis créent un écosystème digital commun
 
Il y a une semaine, la présidente du conseil régional d'Île-de-France, Valérie Pécresse, annonçait la signature d’un partenariat entre sa région et les quatre gouvernorats du Grand Tunis (Tunis, Ariana, Manouba et Ben Arous). Cet accord, officialisé depuis les bureaux de l’incubateur Agoranov, traite d’une multitude de sujets comme le développement durable, l’emploi, l’énergie (transition énergétique et énergies renouvelables), l’éducation et la formation, l’urbanisme, etc. Les deux agglomérations n’ont d’ailleurs pas lésiné sur les moyens puisque l’enveloppe globale allouée à ce partenariat est de deux millions d’euros.
 
Aussi, ce partenariat aborde l’idée d’une coopération forte dans les domaines de l’innovation et du numérique. Dans ce cadre, un incubateur cofinancé par les deux localités sera lancé dans un mois pour mettre en relation des startups et investisseurs de l’Île-de-France et de la région du Maghreb. L’objectif est de créer des modèles d’échange réciproque pour faciliter l’entrée de jeunes pousses innovantes françaises sur le marché tunisien, et des startups tunisiennes sur le marché français (chacun étant bien évidemment une porte d’entrée vers des espaces plus larges, la France pour l’Europe et la Tunisie pour le Maghreb). Comme l’explique Valérie Pécresse dans les colonnes du Huffington Post : "Nous voulons accueillir des startups de Tunis pendant un mois et leur permettre d’intégrer l’incubateur à Paris. Cet échange d'expérience et de savoir-faire permettra également l’ouverture d’accès aux startups et les aidera à conquérir les marchés des deux pays." 
 
Si beaucoup de points restent à éclaircir sur les modalités de cette initiative (notamment la part du budget global qui sera allouée à la partie digitale), cette volonté pourrait marquer le début d’une intégration encore plus forte entre les deux pays : au plus haut niveau de l’Etat se réfléchit en ce moment un éventuel partenariat technologique sur l’épineux sujet de l’e-administration et de la dématérialisation des procédures entre la France et la Tunisie (rappelons que près de 400.000 Franciliens ont des liens avec la Tunisie).
 
Ce dynamisme et cette appétence des régions pour renforcer leur écosystème d’innovation n’est d'ailleurs pas une nouveauté comme nous l’avons souvent évoqué sur connexite.fr :  par exemple l’été dernier, le conseil régional Aquitaine Limousin Poitou-Charentes avait lancé le programme “région startup” pour soutenir des jeunes pousses innovantes et renforcer son écosystème d’innovation, alors qu’un peu partout dans l’Hexagone se créent des fonds régionaux de garantie (comme le FINORPA pour la région Nord-Pas-de-Calais ou le fonds de prestation technologique réseau en Champagne-Ardenne). Mais en lançant une initiative de rapprochement à l’échelle internationale, la région Ile-de-France ouvre la porte à un horizon de collaboration encore plus grand.
 
La stratégie nationale en intelligence artificielle se dessine de plus en plus distinctement
 
En restant sur des preuves de l’ambition française dans le domaine de l’innovation, la secrétaire d’Etat chargé de l’Innovation et du Numérique, Axelle Lemaire, et le secrétaire d’Etat chargé de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Thierry Mandon, communiquaient, il y a un mois, sur la stratégie nationale en intelligence artificielle (IA) qui se dessine peu à peu au niveau de notre pays. 

Ainsi, entre aujourd’hui et le 28 mars 2017, une multitude d’acteurs (grandes entreprises, chercheurs, startups et institutions) s’organise en sept groupes de travail pour définir "les grandes orientations de la France en matière d’IA" et travailler sur l’ensemble des composantes de ce domaine : des algorithmes aux véhicules autonomes, en passant par les villes intelligentes ou la robotique (un peu sur le modèle de l’initiative Startup America mise en place par l’administration Obama pour réfléchir à l’IA sous l’angle de la création d’emplois). Pour le moment nous n’avons que peu de détails sur la composition de ces groupes de travail, si ce n’est que chaque équipe sera dirigée par deux responsables, l’un venant du monde de l’entreprise et l’autre d’un institut de recherche public. Seules informations ayant percé : l’un de ces groupes sera présidé par David Sadek, directeur de la recherche à l’Institut Mines-Telecom, et tablera sur la cartographie des usages de l’IA, alors qu’un autre sera mené par Bertrand Braunschweig, directeur de l’INRIA, Institut national de recherche en informatique et en automatique (Paris Saclay) et s’articulera autour de l’intégration des résultats de recherche dans le monde des entreprises.

Aussi, un débat a été lancé dans ce cadre par la Commission nationale informatique et libertés (CNIL), puisque la volonté du Gouvernement de réfléchir très sérieusement à ce domaine technologique de pointe tient autant à son potentiel économique qu’aux fantasmes et peurs qu’il suscite. En effet l’un des obstacles majeurs pour le développement d’applications en IA dans notre pays est la réticence des Français à donner de la latitude à l’IA qui cristallise un certain nombre de craintes. Ainsi une récente étude financée par Microsoft a montré que plus de la moitié de la population française craint que l’IA ne détruise une part importante de l’emploi. Si les gouvernements ont évidemment un devoir de contrôle des avancées technologiques (la politique du garde-fou), d’autres pays abordent la question du devenir de l’IA sous un autre angle bien plus optimiste que la destruction d’emplois : par exemple aux Etats-Unis, une narration émerge sur l’IA comme étant non pas un substitut à l’humain, mais un soutien qui peut améliorer la qualité et l’efficience du travail.

Ainsi en lançant une stratégie nationale en IA, le Gouvernement pose une structure de développement qui implique d’aborder ce nouveau monde technologique extrêmement prometteur d’une manière rationnelle et soumise à la réflexion…

 

ShareThis