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Jeudi 28 Juillet 2016

Territoires "en décrochage" : l’espoir d’un retour de la République à Grigny

Le 26 juillet, Philippe Rio, maire de Grigny (Essonne), était reçu par le Premier ministre, Manuel Valls, et le ministre de la Ville, de la Jeunesse et des Sports, Patrick Kanner, alors qu’était rendu public un rapport interministériel sur la situation de la commune, coordonné par l’inspection générale de l’administration (IGA). Le diagnostic est sans appel : "Grigny fait partie de ces territoires de la République en décrochage, qui souffre d’un apartheid territorial et social", et ce, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’école, de la santé, de la sécurité, de l’emploi… Une situation "dont la population est la première victime", souligne le rapport.

Ce rapport avait été commandé par Manuel Valls en réponse au manifeste de la République remis au président de la République, François Hollande, par le maire de cette ville de banlieue, au lendemain des attentats de janvier 2015 (l’un de ses auteurs, Amély Coulibaly, a vécu à Grigny, cité de la Grande Borne). Y était dénoncé "une inégalité territoriale délibérément organisée".

D’emblée, le rapport confirme que Grigny "connaît depuis plusieurs décennies de grandes difficultés qui la placent dans le peloton de tête des collectivités les plus fragiles", et ce, malgré "tous les programmes correctifs mis en place par l’Etat depuis le début des années 80", et dont les "résultats ne furent pas toujours à la hauteur des investissements consentis". Les rapporteurs rappellent que Grigny est composée pour l’essentiel de deux quartiers de plus de dix mille habitants, la Grande Borne et Grigny 2, "dont la construction a été fortement impulsée par l’Etat à un rythme très soutenu". Le premier demeure un quartier enclavé, "victime de la pauvreté et des trafics", le second est une "copropriété de 5.000 logements, paralysée par les dettes, devenue une porte d’entrée active de l’immigration irrégulière". Le rapport évoque une "urbanisation contrainte non compensée" et relève que "la commune souffre par ailleurs de difficultés budgétaires récurrentes" ne lui permettant pas de "faire face à ses obligations".

Tout en reconnaissant la présence ou la promesse d’une situation plus favorable (zones d’activité économique, projets de transports en commun, requalification des copropriétés dégradées, intégration de la commune dans un vaste espace de solidarité intercommunale), le rapport relève un certain nombre de manquements ou de faiblesses : l’absence d’un observatoire local permettant de "mieux appréhender les caractéristiques et les besoins" de la population, celle d’un véritable schéma d’ensemble de développement urbain, ou encore celle d’un interlocuteur unique avec l’Etat. Autre faiblesse : sa situation juridique "anachronique" qui prive la ville de la maîtrise d’une partie substantielle de son territoire (exemple de Grigny 2). Le pire étant les problèmes de sécurité, avec "l’omniprésence de la délinquance locale qui impose son couvre-feu à l’heure où commencent les trafics de stupéfiants, qui ralentit les travaux de rénovation des quartiers", le rapport qualifiant cette situation d’"insupportable".

Suite à ce constat, la mission formule 41 recommandations, certaines d’ordre institutionnel, d’autres relatives à la population, à la planification urbaine, à, la gouvernance, à l’action de la police nationale, à la scolarité, à l’emploi, au budget de la commune, aux services à la population, ou encore sur l’évolution de la copropriété Grigny 2.

"C’est la première fois qu’il y a un rapport de ce style sur une ville", note le maire de Grigny, qui se réjouit par ailleurs d’un certain nombre de mesures annoncées par Matignon, dont : le renfort d’une dizaine de policiers pour le commissariat de Juvisy, le passage de 8 à 13 maîtres surnuméraires pour la prise en charge des élèves en difficulté dans le primaire, celui de la dotation horaire globale des trois collèges de 700 à 800 heures, la création d’un centre public de santé, l’ouverture d’un centre médico-psychopédagogique pour l’accompagnement des enfants et des jeunes, des crédits pour la formation linguistique, un soutien au centre de formation et de professionnalisation. "Nous allons peut-être avoir les moyens de ramener la République dans nos quartiers populaires", c’est le cri d’espoir de Philippe Rio.

Aller plus loin

Accéder au rapport de la mission interministérielle

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