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Mardi 15 Novembre 2016

Une tendance mondiale : les administrations locales se tournent vers l’investissement dans l’écosystème startups

Le programme “Région Start-up” : un exemple français pour une tendance mondiale

Nous écrivons bien souvent sur connexite.fr à propos des différentes initiatives des administrations locales pour développer des concepts innovants (les villes intelligentes ou smart cities par exemple) ou soutenir des entrepreneurs prometteurs (les programmes de la French Tech, les incubateurs publics ou les fonds d’investissement locaux). Les exemples sont en effet nombreux et démontrent une véritable volonté à tous les niveaux de la structure administrative de notre pays de ne pas rater le tournant du numérique et des startups technologiques.

Ainsi l’été dernier, le conseil régional Aquitaine Limousin Poitou-Charentes avait lancé le programme “Région start-up” pour soutenir des jeunes pousses innovantes et renforcer l’écosystème d’innovation de la région. Ce programme avait mis en avant deux objectifs majeurs: doubler le nombre annuel de création de startups (pour atteindre 80-100 projets par an) et favoriser l’émergence de champions régionaux qui se développeraient pour dépasser le stade de la petite entreprise. Dans cette optique, le président du Conseil régional, Alain Rousset, avait souligné la nécessité de faciliter la mise en relation des startups avec leurs potentiels clients, d’introduire de nouvelles solutions de financement (surtout des véhicules financiers d’amorçage) et d'exécution (aides à la stratégie commerciale et marketing), d’accompagner les startups les plus prometteuses dans leurs démarches administratives, d’encourager l'intrapreneuriat dans les grandes entreprises (et même d’inciter ces dernières à envoyer des cadres en mission d’accompagnement et de mentorat auprès des entrepreneurs), de créer des lieux de prototypage, etc. Finalement c’est un programme assez complet et ambitieux qui était défini pour donner un nouveau souffle d’innovation à la région.

Cette initiative Aquitaine Limousin Poitou-Charentes est loin d’être un projet isolé dans l’Hexagone, puisque les acteurs régionaux se lancent dans des programmes pro-startups sur l’ensemble du territoire et s’attaquent même à la difficile question des financements. En effet, la principale crainte exprimée par Alain Rousset tient à la difficulté de trouver des fonds conséquents permettant aux startups d’alimenter leur croissance : la réponse des régions est limpide avec la création de fonds régionaux de garantie (par exemple le FINORPA pour la région Nord-Pas-De-Calais ou le Fonds de prestation technologique réseau en Champagne-Ardenne).

La France n’est évidemment pas le seul pays à mettre le développement de l’écosystème startups au cœur de sa politique locale ou régionale, comme l’illustre la Suisse où les cantons réfléchissent en ce moment à attribuer une partie des capitaux d’assurances cantonaux à des fonds de Venture Capital destinés aux financements de jeunes pousses innovantes. La France au niveau des régions, la Suisse au niveau des cantons, l’Allemagne au niveau des Länder, les Etats-Unis au niveau des Etats (surtout les Etats de New-York, l’Illinois et le Minnesota)... toutes les subdivisions administratives des pays développés mettent la poursuite de l’innovation au cœur de leur agenda. Et pour des chantiers de plus grande ampleur, nous pouvons regarder du côté de la Chine qui laisse le champ libre à ses provinces pour investir et développer des startups: à l’échelle chinoise tout semble pharaonique.

Les provinces chinoises : un réservoir financier colossal investi dans les startups

A l’heure du succès du site d’e-commerce Alibaba et du fabricant de drones SZ DJI, il se pourrait fort bien que la prochaine licorne chinoise soit financée par une administration publique aux poches bien pleines… En effet les localités chinoises se lancent avec force dans le Venture Capital, déployant un total combiné de près de 3.000 milliards de yuan (400 milliards d’euros) dans le cadre du plan du Parti communiste chinois pour moderniser l’économie du pays. Plus de 780 fonds d’investissement publics locaux ont vu le jour pour quadriller le territoire chinois et favoriser l’émergence de “Silicon Valley” locales dans la plupart de ses provinces. Ainsi l’administration de la province du Hubei (l’une des 34 divisions administratives de la République Populaire de Chine) illustre cette stratégie provinciale en venant de se doter d’un fonds de 547 milliards de yuan (75 Md€) pour investir dans des activités qui rompent avec le tissu économique local actuel principalement articulé autour de l’extraction d’acier et de l’automobile. Les officiels de cette province située au centre du pays et traversée par le fleuve Yangzé ont décidé d’investir cet argent dans le développement de jeunes entreprises dans les bio-technologies, l’Internet et la construction high-tech. La stratégie d’investissement est donc centrée sur le secteur plutôt que sur la rentabilité, la modernisation de l’économie étant sensiblement l’objectif recherché. Il faut dire que la Chine fait face à de nombreuses difficultés économiques, comme la diminution de ses exportations, l’augmentation de ses prix domestiques et l’explosion de la dette de ses entreprises. Le produit national brut chinois (PNB) connaît sa croissance la plus faible depuis 2009 et cela inquiète fortement le gouvernement de Pékin. Dans ce contexte, le Conseil d’Etat a décidé d’encourager les provinces à multiplier les investissements de Venture Capital pour reconstruire et moderniser le paysage économique du pays, tout en espérant que la création et le développement de startups apportent une réponse efficace au risque de chômage en devenant des points d’accueil professionnels attractifs pour les 7,7 millions de diplômés universitaires qui vont rejoindre la population active cette année… Oui quand on parle de la Chine, on change très souvent d’échelle, mais la tendance reste la même : les administrations locales partout dans le monde s’accordent sur l’avantage économique d’avoir un écosystème innovant sur leurs terres, et pour cela elles sont prêtent à mettre la main à la poche.

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