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Mardi 13 Decembre 2016

Startups et flux migratoires européens : le Brexit change la donne

Londres doit rassurer ses startups sur l’accès aux talents étrangers après le Brexit

Alors que les entrepreneurs britanniques continuent de se demander ce que le Brexit va impliquer pour le futur de leurs activités, le puissant fonds de capital-risque Balderton, par la voix de son partenaire James Wise, a profité du TechCrunch Disrupt à Londres pour dévoiler les résultats de leur récente étude d’impact. Ayant demandé aux startups britanniques de son portefeuille ce qui les inquiétaient le plus à propos du Brexit, James Wise souligne que c’est bien la crainte d’avoir un accès plus difficile aux talents européens et étrangers qui prédomine : "la première peur exprimée, qui prend le pas sur tout le reste, est l’accès sûr et continu au réservoir de talents mondiaux. Cela a beaucoup de sens puisque la communauté tech s’appuie très fortement sur les travailleurs étrangers. Ainsi si vous regardez toutes les industries au Royaume-Uni, vous verrez dans le top 10 de celles qui emploient le plus d’étranger les domaines de la programmation informatique et de la recherche scientifique. Le Royaume-Uni est toujours la première nation en Europe où les profils techniques veulent aller quand ils quittent leur pays d’origine, et cela n’a pas vraiment changé depuis le vote du Brexi". En effet, le journal Les Echos rapporte un élément très parlant de cette étude Balderton : "Un quart des talents traversant les frontières en Europe se dirigent vers le Royaume-Uni, contre 12 % vers l'Allemagne et 9 % vers la France".

L’une des principales raisons pour lesquelles les startups britanniques s’inquiètent d’un plus difficile accès aux talents est le changement de climat qui est en train de se développer autour de l’immigration… Un climat qui semble peu accueillant comme l’a noté la secrétaire d’État chargée du Numérique en France, Axelle Lemaire, présente à ce panel du TechCrunch Disrupt : "Qui a voté pour le Brexit ? C’est un vrai changement politique, et si je pense que c’est logique de vouloir attirer les meilleurs talents à Londres, comment ces derniers peuvent-ils se sentir les bienvenus par le reste du pays?" Et c’est pourquoi James Wise souligne qu’il est très important pour l’écosystème britannique de mettre en avant ses entreprises en réussite, pour qu’elles reçoivent la visibilité et la reconnaissance qu’elles méritent et qu’elles continuent de s’affirmer comme pionnières en croissance et qui embauchent. Cela montrerait au monde que le Royaume-Uni reste une nation ouverte, attirante et accueillante pour venir y travailler. D’autant qu’une large proportion de startups créées de l’autre côté de la Manche ont des fondateurs non britanniques. C’est pourquoi certains ajustements administratifs semblent nécessaires.
 
Visa et facilité d’installation pour les talents étrangers : le nerf de la guerre entre écosystèmes européens
 
James Wise admet que le système de visa au Royaume-Uni devra changer pour s’adapter à la nouvelle donne post-Brexit. Pour une industrie qui se vante de bouger et avancer toujours plus vite, le délai de délivrance d’un visa est bien trop long : aujourd’hui cela prend environ 3 semaines pour embaucher un employé qui n’a pas besoin de visa, et plus de 16 semaines s’il doit en obtenir un. D’ailleurs le ministre du Digital britannique Matt Hancock s’est voulu rassurant sans pour autant entrer dans les détails de la future structure du système de visa, préférant souligner que le Gouvernement va tout faire pour que le pays continue d’attirer les meilleurs talents du monde entier, et pas seulement d’Europe : "Il y a un nombre incroyable de talents au Royaume-Uni, dans nos startups, qui viennent d’Europe comme du reste du monde. Et cela montre que même avec un système de visa que nous entretenons avec le reste du monde, nous avons réussi à devenir un aimant à talents et nous allons continuer à l’être. Il ne faut pas uniquement regarder avec les lunettes de la peur européenne".

La France est consciente que le pouvoir d’attraction des talents étrangers est l’un des nerfs de la guerre technologique en Europe et même dans le monde (voir les débats sur les visas startups aux Etats-Unis). Nous avons donc beaucoup avancé notamment avec la création du French Tech ticket qui prévoit une procédure accélérée et simplifiée de délivrance d’un titre de séjour pour les lauréats et leur famille.

Mais plus que la question des startups, Axelle Lemaire a rappelé que le Brexit menace carrément la position du Royaume-Uni dans la recherche, puisque les britanniques perdent l’accès aux subventions de recherche européennes.
 
L’Europe, une terre de soutien à la recherche

Les startups ne le voient peut-être pas, mais la raison pour laquelle le Royaume-Uni est si fort et dynamique dans le domaine de l’innovation, c’est parce qu’il a la capacité d’attirer les meilleurs chercheurs du monde. Mais suite au Brexit, les chercheurs sont très inquiets parce qu’ils craignent une incapacité d’engagement du Gouvernement britannique sur des horizons longs : les contrats de recherche sont en effet établis pour des durées minimales de 5 ans. Ainsi, si vous travaillez aujourd’hui sur l’intelligence artificielle, vous avez réellement besoin des financements et subventions européennes. D’ailleurs Axelle Lemaire rappelle que les startups bénéficient des transferts de technologie qui viennent des centres de recherche et que cette épée de Damoclès financière au-dessus de la tête des chercheurs venus s’installer au Royaume-Uni empêche l’économie d’innovation du pays de se structurer et se solidifier. Elle conclut de la sorte : "Nous nous posons aussi ces questions, mais je crois que la réponse est plus facile à trouver au niveau européen"… Se pencher sur les craintes exprimées par l’écosystème de startups britanniques suite au Brexit permet de mettre en lumière les éléments déterminants dans la création d’une scène technologique leader. Et cela va donc bien plus loin que le simple cas de nos amis anglais : la France sait maintenant sur quels points appuyer pour se positionner comme le recours privilégié à Londres.

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