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Mardi 02 Septembre 2014

Redoublement en primaire : catégories sociales et voisinage en cause

La reproduction sociale commence plus tôt que ne l’ont décrit Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron en 1964. Une étude de l’INSEE publiée aujourd’hui met en avant non seulement l’important taux de redoublement dans l’enseignement primaire, mais également son inégale répartition sociale et l’influence du voisinage. En septembre 2011, 12,3 % des entrants en classe de 6e avaient déjà redoublé au moins une fois, mais cette répartition est inégale selon les origines sociales, géographiques, démographiques et professionnelles des enfants et de leurs parents.

Retard scolaire

Ces catégories s’avèrent ne pas être exclusives les unes des autres. Les enfants issus de catégories sociales favorisée ou très favorisées vivent très peu dans les zones urbaines sensibles, lesquelles sont plus souvent classées en zone d’éducation prioritaire. Plus que le type de scolarisation (privé/public ; ZEP/non-ZEP), le caractère discriminant semble être avant tout la catégorie socioprofessionnelle.

L’étude de l’INSEE témoigne également du voisinage comme facteur aggravant d’une tendance. « Par exemple, pour les élèves d’origine sociale très favorisée, la présence d’élèves de la même catégorie sociale dans le voisinage proche semble être un facteur limitant encore le retard scolaire : celui-ci concerne 6 % de ces élèves quand il y a moins de 11,5 % de catégories très favorisées dans leur voisinage, contre 2,6 % quand il y en a plus de 33,5 %. » En revanche, « pour un élève d’origine sociale défavorisée, l’augmentation de la part d’élèves de la même catégorie sociale dans le voisinage va de pair avec une augmentation sensible du taux de retard : celui-ci passe de 17,0 % lorsque cette catégorie représente moins de 20,8 % des élèves dans le voisinage à 24,1 % lorsqu’elle dépasse 47,0 %. »
Déterminer une causalité en la matière s’avère délicate : soit le voisinage a une influence directe sur les résultats scolaires, les enfants s’entrainant entre eux, soit une école dont la réputation est mauvaise du fait des résultats de ses élèves n’attire pas les meilleurs éléments.

La répartition territoriale des redoublements permet difficilement de distinguer des causes : ni le produit intérieur brut par habitant, ni le taux de chômage, répartis sur le territoire métropolitain, ne permettent d’expliquer le retard plus important dans une région ou dans une autre.

 

Comme l’expliquent les auteurs de l’étude, les disparités scolaires se distinguent plus facilement à une petite échelle. L’échelle pertinente d’étude n’est ni le territoire régional ni le territoire départemental, mais bien la commune voire même les quartiers. Ainsi, « à l’intérieur d’une unité urbaine, comme celle de Lyon prise […], les taux de retard scolaire des primo-entrants en 6e varient considérablement d’une commune à l’autre Les communes qui ont les plus forts taux d’élèves en retard sont le plus souvent celles où le revenu médian est le plus bas et où la part de milieux défavorisés est la plus élevée. Les communes de l’est lyonnais, de Pierre-Bénite au sud à Rillieux-la-Pape au nord, mais également un ensemble de communes autour de Villefranche-sur-Saône, concentrent les populations défavorisées de l’agglomération et affichent simultanément les plus forts taux de retard pour les élèves de 6e. Elles s’opposent ainsi aux communes de l’ouest, et plus particulièrement du nord-ouest de Lyon, de Écully à Chasselay, où la structure sociale plus favorisée est associée à de très faibles taux de retard scolaire. »


Combiné à l’influence décisive du voisinage, l'importance du lieu d'habitation plaide pour l’application d’un principe de subsidiarité plaçant les autorités déconcentrées de l’Éducation nationale mais également l’administration décentralisée en première ligne de la lutte contre le décrochage scolaire.

Aller plus loin :

L’intégralité de l’étude de l’INSEE, Brigitte Baccaïni, Benoît de Lapasse, François Lebeaupin, Insee et Olivier Monso, Depp

 

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