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Mercredi 02 Novembre 2016

Les programmes Galileo et Copernicus au cœur de la stratégie spatiale européenne : des investissements publics à la hauteur ?

La Commission européenne vient de dévoiler la “Stratégie spatiale pour l’Europe”, un nouveau plan prévoyant notamment des investissements publics importants pour stimuler la création de start-ups dans le secteur de la conquête spatiale. L’objectif est de pérenniser et dynamiser ce secteur résolument tourné vers le futur mais qui est déjà bien ancré dans le présent puisque selon les chiffres publiés par le cabinet PwC, l’industrie aérospatiale emploie environ 230 000 personnes en Europe et représente une valeur comprise entre 46 à 54 milliards d’euros au sein de l’Union, soit 21% du marché mondial.

Ainsi, ce plan stratégique prévoit d’abord que dans les dix prochaines années, l’Union européenne lancera une trentaine de satellites dans le cadre des programmes Galileo et Copernicus: le premier est un système de géolocalisation par satellite alors que le deuxième est un programme de surveillance de la Terre. Le développement et l’amélioration de ces deux programmes sont critiques puisqu’ils sont les fers de lance de la stratégie spatiale européenne et bénéficient de la grande majorité des 12 milliards d’euros alloués par les Etats membres au développement aérospatial. La marge de progression est d’autant plus grande qu’une enquête a par exemple montré que les données issues du programme Copernicus sont utilisées à 95% par les GAFA américains (Google, Apple, Facebook et Amazon) et donc minoritairement par les entreprises et acteurs européens (ce qui est un comble puisque c’est le contribuable européen qui paie l’addition). En réponse à cette anomalie, la Commission européenne envisage “des dispositions réglementaires pour introduire Galileo dans la téléphonie mobile, les infrastructures critiques européennes et l’aviation” alors que les officiels européens souhaitent véritablement lever toutes barrières techniques empêchant les startups ou les chercheurs d’utiliser Copernicus et Galileo. En effet, l’implication des entrepreneurs et acteurs privés semblent nécessaire pour emmener le secteur spatial européen au niveau supérieur.

Startups et entrepreneurs européens appelés à la rescousse aérospatiale

Pour s’assurer de la construction d’une économie spatiale pérenne et dynamique, la commissaire européenne au marché intérieur et à l'Industrie, Elzbieta Biendowska a affirmé que “le secteur spatial européen a besoin de plus d’entrepreneurs et de plus d’investissements privés pour rester en pointe". Elle dit aussi que son "message pour l’industrie, les startups et les investisseurs est que nous nous tournons vers la conquête spatiale avec conviction, et nous y serons pour le long terme”. Pour encourager cette implication entrepreneuriale, la “Stratégie spatiale pour l’Europe” prévoit la définition d’un plan d’investissement et la création d’un véhicule de financement pour les projets spatiaux: le Venture Capital Fund of Funds. Les fonds seront pris de la Banque européenne d’investissement (BEI) et du Fonds européen d’investissement (FEI). Ainsi la commissaire Biendowska précise que “les financements européens seront très fortement tournés vers les entrepreneurs du secteur aérospatial qui montent des projets ambitieux et les développent sur l’ensemble du marché unique” et qu’en plus des investissements publics, la Commission européenne souhaite “encourager les investissements privés des business angels et des fonds de capital-risque (venture capital) dans ces mêmes projets”. L’implication des acteurs privés dans le développement aérospatial est un cheval de bataille qui n’est pas nouveau tant les les gouvernants et industriels européens jalousent depuis des années l’écosystème américain dans lequel des entrepreneurs et investisseurs iconiques démontrent une véritable appétence à financer et promouvoir des projets ambitieux ou révolutionnaire dans l’aérospatial.

L’exemple récent le plus frappant est la volonté des milliardaires de la Silicon Valley d’investir ou de créer des entreprises dans le secteur spatial malgré un risque extrêmement élevé et une absence de rentabilité à court terme: Elon Musk et son entreprise SpaceX (concepteur et vendeur de fusées et vaisseaux spatiaux ainsi que des logiciels de simulation permettant d’améliorer les moteurs des véhicules allant dans l’espace) ou encore Jeff Bezos et sa société Blue Origin (constructeur de fusées pour le tourisme spatial et d’une grande diversité de nouvelles technologies permettant d'abaisser le coût d'accès à l'espace) illustrent cela avec brio. De tels modèles n’existent pas en Europe, à l’exception notable du fondateur de Virgin Galactic, le britannique Richard Branson, qui a cependant choisi les Etats-Unis, et non l’Europe, pour implanter ses activités aérospatiales. Aussi, il est très rassurant de voir que la Commission est consciente de l’importance de constituer un écosystème public-privé fort dans le domaine de la conquête spatiale: des capacités de financement augmentées et un cadre plus souple devraient encourager les prises d’initiatives privées dans le secteur et favoriser l’émergence “d’Elon Musk européens”.

Indépendance européenne dans l’industrie spatiale et reconduction des programmes militaires

Dans la “Stratégie spatiale pour l’Europe”, la Commission européenne a de nouveau affirmé son soutien au programme de communications par satellite à usage militaire pour les gouvernements européens: le GovSatCom. En effet, seuls cinq Etats membres de l’UE (l’Angleterre - toujours membre, la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne) ont actuellement leurs propres satellites militaires de télécommunication en orbite. La conquête spatiale vue comme une prise de position dans un espace d’indépendance et une démonstration de pouvoir militaire est finalement un peu plus présente puisqu'en plus du GovSatCom, la Commission a entendu les avertissements des experts du secteur qui pointaient la dépendance matérielle de l’Europe sur certains composants électroniques spatiaux (notamment américains): l'organe européen prône des “mesures remédiant à la vulnérabilité des chaînes d’approvisionnement européennes, en soutenant le développement de composants, systèmes et technologies spatiaux critiques, associés  la non-dépendance technologique ». L'Europe est en train de se positionner dans la course aux étoiles.

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