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Lundi 08 Aout 2016

Pouvoirs publics et startups main dans la main pour lutter contre le gaspillage

Le gaspillage alimentaire : un problème mondial, une loi en France et des startups sur le pont

En fin de semaine dernière, le ministère de l’Agriculture a dévoilé des chiffres inquiétants : plus de 2.3 millions de tonnes de nourritures sont jetées chaque année par la grande distribution en France et 10 millions de tonnes de déchets alimentaires sont produits annuellement par nos concitoyens. Si ces chiffres peuvent créer un certain sentiment de malaise, la France est loin d’être une exception ou un mauvais élève à l’échelle mondiale (ce qui n’est en rien rassurant).

En effet d’après la FAO (l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture) ce serait chaque année près de 30% de la production alimentaire mondiale qui serait perdue ou gaspillée (on parle de 1.3 milliard de tonnes de nourriture consommable par l’Homme ou 1.6 milliard de tonnes de produits de base). En se penchant sur cette douloureuse réalité avec plus de détails, on apprend que 45% des fruits et légumes seraient perdus, contre 35% des poissons et fruits de mer, 30% des produits céréaliers et 20% de la viande et des produits laitiers. Ce grave problème est évidemment éthique, à l’heure ou certaines populations mondiales souffrent de malnutrition et famine, mais aussi économique puisque l’organisation onusienne estime le coût des pertes et des gaspillages alimentaires dans le monde à 2.600 milliards de dollars par an (travail humain pour rien, consommation d’eau inutile, etc.). Plus inquiétant encore, la Commission européenne a publié une étude montrant que ce gaspillage alimentaire augmenterait de 40% d’ici à 2020 si aucune mesure drastique n’était prise.

En France, nos dirigeants semblent avoir bien compris l’urgence de la situation puisque la loi Garot contre le gaspillage alimentaire a été signée le 3 février dernier. Cette loi prône notamment "l’utilisation des invendus propres à la consommation humaine, par le don ou la transformation", ou encore "la valorisation destinée à l’alimentation animale", ou "l’interdiction aux distributeurs de rendre impropres à la consommation des denrées alimentaires encore consommables qui n’ont pas été vendues" (pour mettre notamment fin à la scandaleuse pratique ayant cours dans la grande distribution d’asperger de javel les produits invendus pour les rendre non consommables). Cette nouvelle législation inscrit aussi cette problématique de la lutte contre le gaspillage alimentaire dans la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises.

Au niveau européen aussi des mesures ont été prises. Notamment un assouplissement des règles de calibrage : désormais les fruits à l’esthétique imparfait, au calibres peu conforme (trop petits ou trop gros, à la forme inhabituelle, etc.) peuvent être soumis à la vente.

Il n’en fallait pas plus pour que des startups voient une opportunité de business créée par toutes ces mesures sociales et ne déploient leur force innovante sur ce marché. Ainsi, la startup Comerso lutte contre le gaspillage alimentaire en facilitant les liens entre la grande distribution (dans l’obligation de donner ses invendus selon la loi Garot) et les associations d’aides et de dons alimentaires (par exemple les Restos du Cœur ou le Secours Populaire). Phenix entre aussi dans la danse en se positionnant comme un acteur de proximité qui permet de donner les invendus de date courte provenant des magasins de proximité grâce à des circuits extrêmement courts (pour les associations du quartier par exemple). Cette jeune entreprise sociale vient d’ailleurs de signer un partenariat avec Franprix. Sinon, le restaurant Simone Lemon est aussi un bel exemple, puisqu’il propose un menu cuisiné à partir de fruits et légumes locaux invendus, en utilisant chaque semaine 150 kilos de "poireaux trop petits, radis blancs trop grands, poires avec un petit nombril", etc. Mais l’initiative la plus visible et le plus franc succès est sans aucun doute la création du logo des Gueules Cassées qui accompagne désormais les produits au calibrage imparfait et rejetés par la grande consommation. Vendus 30% moins cher on compte aujourd’hui plus de 12 millions de produits "Gueules cassées" dans plus de 5.000 points de ventes sur l’Hexagone. La lutte contre le gaspillage alimentaire en France est en marche.

Les e-déchets sont aussi en enjeu clef pour les métropoles développées

En plus du gaspillage alimentaire, la course à l’équipement technologique dans le monde (nouveau smartphone ou tablette par exemple) entraine un nouveau type de gaspillage : le "e-gaspillage". Si l’on parle souvent d’une durée de vie courte programmée par les constructeurs d’appareils électroniques (pour assurer leurs ventes futures), il faut aussi se rendre compte que de nombreux appareils sont abandonnés alors qu’ils ne présentent que de légers (voire aucun) problèmes de fonctionnement. Et les e-déchets forment une montagne bien réelle : dans une étude publiée par l’Université des Nations Unies (UNU) on apprend que le poids des e-déchets en 2014 a atteint près de 42 millions de tonnes dans le monde, dont 7% sont des téléphones portables ou ordinateurs et imprimantes (la majorité des e-déchets étant formée d’équipement de cuisine et salle de bain). Si l’on regarde la production de e-déchets par habitant, la France se place en huitième position avec 22.2 kilos par habitant (en première place on trouve la Norvège suivie de la Suisse et de l’Islande). Mais si l’on regarde les volumes produits, alors sans surprise les 3 plus gros producteurs de e-déchets sont les Etats-Unis et la Chine suivis du Japon, de l’Allemagne et de l’Inde. Dans cet amoncellement de e-déchets, certaines startups y voient un potentiel de business. C’est le cas de Back Market qui remet en avant le marché du reconditionné : cette startup répare les appareils qui sont réparables, et les vend sous le label "reconditionné" (prix moins cher, mais garantie de 6 mois minimum, service après-vente, etc.). En fait, les créateurs de Back Market expliquent que les appareils reconditionnés sont loin d’avoir initialement (ie avant reconditionnement) subi des dommages sérieux. Alors pour le gaspillage électronique aussi les startups peuvent apporter de bonnes réponses.

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