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Mardi 26 Juillet 2016

Les pouvoirs publics européens au service des startups : investissements, expertise et mesures

De plus en plus d’argent public à disposition des prometteuses startups européennes

La semaine dernière, l’Etat fédéral allemand a annoncé la mise à disposition d’un milliard d’euros pour financer les startups fondées sur son sol. Ce tour de table supplémentaire alimente un fonds de fonds étatique lancé en 2004 et qui est désormais doté de 3.2 milliards d’euros pour mener une action d’aide au financement des startups technologiques allemandes.

En France, nous avons aussi une structure de ce genre avec la banque publique d’investissement (BPI France) qui a prévu d’investir plus de 12 milliards d’euros dans les PME technologiques d’ici 2017 et qui est très actives auprès des entrepreneurs français. Aussi, cette volonté de soutenir l’innovation et les startups technologiques nationales se retrouve dans la plupart des états membres. Il faut dire que les startups ont démontré un pouvoir de transformation de l’économie et de la société qui est phénoménal par rapport à leurs tailles. Ainsi de nouveaux business modèles ont vu le jour (on parle d’"ubérisation" d’un peu tout), de nouvelles habitudes de consommation sont apparues (par exemple l’économie collaborative a modifié notre façon de consommer des ressources limitées) et de nombreux emplois ont été créés: les startups représentent par exemple 22% de la création d’emplois aux Pays-Bas et 51% en Suède (chiffres de l’OCDE). Et si vous allez à Berlin, vous verrez que les startups ont largement remplacé les grandes entreprises parties lorsque le Mur a été construit et qui ne sont jamais revenues dans la capitale allemande. Mais il est très important de noter de grandes spécificités structurelles et philosophiques qui distinguent les startups des grandes entreprises historiques. Ainsi, les startups se développent suivant des modes d’opération novateurs, comme les principes “lean” ou agiles, pour être beaucoup plus flexibles et réactives aux modifications et évolutions qui secouent leurs marchés. Les processus de recrutement aussi sont imaginés pour être beaucoup plus courts et permettre d’attirer plus facilement des talents. Ces particularités, qui s’ajoutent à la difficulté de survie d’une startup, imposent des modes de financement et de soutien publics particuliers.

L’argent seul ne fait pas le bonheur des startups: la bonne recette de l’aide publique

Les initiatives d’aide publique européenne au financement des startups se sont véritablement accélérées en 2013, lorsque la Commission européenne lançait le réseau “the Accelerators Assembly” pour soutenir les porteurs de projets techs désireux de s’établir dans l’espace européen. Ce réseau donne en fait l’opportunité aux entrepreneurs, aux investisseurs et à tout autre acteur public ou privé de discuter et partager sur les problématiques, bonnes pratiques et solutions de développement des startups sur le marché européen.

Dans le cadre de cet Accelerators Assembly, le discours dominant chez les entrepreneurs présents était de dire: “je ne veux pas d’argent public, je préfèrerais que les pouvoirs publiques m’aident à rencontrer les bonnes personnes, les interlocuteurs pertinents pour mon projet. Je préférerais que les gouvernants œuvrent à instaurer un environnement légal propice à mon développement”. Ainsi les entrepreneurs veulent de l’argent “intelligent”, qui s’accompagne de conseils et rencontres avec des personnes ayant de l’expérience, de la passion et des connaissances sur leurs marchés. Par exemple une mise en relation avec des entrepreneurs à succès désireux de réinvestir dans l’écosystème startups (des business angels).

Paradoxalement il y a donc un risque si les administrations publiques investissent massivement dans l’écosystème startup, en tout cas si elles investissent uniquement de l’argent sans les compétences qui font véritablement défauts aux entrepreneurs. D’une part, cet argent risque d’être “brûlé” pour peu de résultats par les startups, et, d’autre part, cet afflux brutal de capital sauvage risque de créer une concurrence qui a peu de sens entre les administrations publiques et les experts de l’investissement comme les Venture Capitalistes (acteurs du capital-risque) et les réseaux de business angels. Mis à part un écart de compétence sur le sujet qui est certain, il y a beaucoup de différences d’objectifs entre les investisseurs experts et les autorités publiques (par exemple les autorités publiques veulent maximiser la création d’emplois alors que les investisseurs veulent l’optimiser).

C’est pourquoi des conditions strictes d’investissements publics semblent nécessaires, par exemple comme dans la région de Lazio en Italie où les pouvoirs publics accordent des aides au financement uniquement aux startups ayant déjà levé des fonds plus importants auprès d’investisseurs reconnus. Ou encore la structure de fonds avec des investissements indirects semble être la meilleure formule: par exemple le fonds allemand cité auparavant n’investit pas directement dans les startups mais préfère investir dans des fonds de Venture Capital (capital risque) qui vont eux-mêmes allouer cet argent à des startups en phase de création ou de croissance. Le choix des entreprises financées est donc laisser au soin des experts. D’ailleurs une partie de cet argent allemand est aussi investi dans des fonds de business angels pour les mêmes raisons.

Un rôle d’équilibriste pour les pouvoirs publics: définition de mesures structurelles et structurantes

Ainsi le rôle des acteurs publics dans cet environnement si particulier des startups n’est vraiment pas évident. En plus de la nécessité de renoncement sur l’allocation des fonds financiers (laisser les acteurs de l’écosystème agir et choisir), il faut, d’une part, assurer la mise en place d’un environnement propice à la flexibilité et la rapidité d’exécution des startups (accès rapide au capital financier et humain, démarche administratives simples et rapides, Visas startups, etc.), et d’autre part promouvoir une culture dans laquelle le risque est mis en avant, n’est pas dénigré et dans laquelle l’échec toléré. Pour cela les infrastructures sont évidemment clefs (accès généralisé à Internet, développement des connexions haut-débit, etc.) alors que l’éducation de nos talents est capitale (soutien aux programmes d’entrepreneuriat ou de Recherche & Développement par exemple). Encore plus que les fonds publics, c’est de cela dont les entrepreneurs ont besoin pour créer des écosystèmes dynamiques et durables

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