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Mercredi 26 Aout 2015

Nathalie Loiseau, directrice de l'ENA : « l'ENA n'a cessé d'évoluer et de s'adapter aux besoins et aux méthodes de l'action publique »

Comment l'École nationale d’administration (ENA) a-t-elle évolué depuis sa création ?

L'ENA n'a cessé depuis 70 ans de poursuivre les objectifs qui lui sont assignés par l'ordonnance de 1945, à savoir démocratiser l'accès à la haute fonction publique et professionnaliser la formation des futurs cadres supérieurs de l'État. Ces deux missions fondamentales demeurent et leur actualité est forte, aussi bien en France que partout dans le monde. Qu'il s'agisse des vieilles démocraties comme la nôtre, des pays émergents, des anciens États du bloc de l'Est ou des pays en développement, partout le questionnement sur la conception et la mise en ouvre de l'action publique est vif. Et partout la question du recrutement comme de la formation de ceux qui en ont la charge se pose avec acuité. Dans ce contexte, le modèle d'école d'application que représente l'ENA suscite un réel intérêt.

Pour rester fidèle à ses missions, l'ENA n'a cessé d'évoluer et de s'adapter aux besoins et aux méthodes de l'action publique. Afin de diversifier les profils des élèves admis à l'École, le troisième concours a ainsi été créé et un colloque récent en a célébré le vingt-cinquième anniversaire. Il permet d'attirer vers la haute fonction publique des candidats qui disposent d'une expérience professionnelle ailleurs que dans l'administration. C'est un enrichissement incontestable. Depuis six ans, l'ENA assume en outre la préparation au concours externe pour des étudiants de qualité issus de milieux sociaux défavorisés, par le biais d'une classe préparatoire consacrée à l'égalité des chances. C'est un exemple d'outil nouveau mis au service des objectifs originels assignés à l'école.

Autre évolution fondamentale, l'attention accordée à la formation continue, par le développement d'une offre destinée à de cadres français et étrangers, issus du secteur public mais pas exclusivement. Ces formations se concentrent sur les domaines d'excellence de l'École : management, gestion publique, interministériel, affaires européennes, éthique et déontologie. Le développement de ces activités de formation continue est particulièrement marqué depuis la fusion successive de l'ENA avec l'Institut international d'administration publique puis avec le Centre d'études européennes de Strasbourg. L'ENA accueille ainsi annuellement de très nombreux auditeurs pour des formations courtes et développe d'importants partenariats internationaux sur tous les continents. Ces activités sont financées par les partenaires de l'École, partenaires publics français et étrangers, bailleurs de fonds multilatéraux.

Enfin les activités de recherche et de publication de l'ENA connaissent un essor certain, grâce à la mise en place et à l'accroissement des partenariats de l'École avec plusieurs universités, grandes écoles et centres de recherche en France comme à l'étranger.

 

Quel bilan tirez-vous de son implantation à Strasbourg ?

Installée au cour de l'Europe, l'ENA tire pleinement profit de sa localisation : étroitement associée au Parlement européen, à l'Eurocorps, elle fait bénéficier ses publics de ces partenariats et développe une offre d'excellence relative à la préparation des concours européens, à la compréhension de la gouvernance européenne et à la connaissance des principales politiques européennes. Proche de l'Allemagne, l'ENA entretient des liens forts avec plusieurs institutions allemandes de formation qui permet d'enrichir son offre, au travers notamment du Master européen de Gouvernance administrative. Enfin, ancrée sur le territoire de Strasbourg et de l'Alsace, l'ENA met ses élèves au contact des institutions-phares de la région (université de Strasbourg, préfecture de région, collectivités territoriales, INET) mais aussi de la réalité du terrain grâce à ses liens avec le tissu associatif local. Je me garderai d'oublier la qualité de la vie à Strasbourg, que tous, personnels et élèves de l'École, se plaisent à saluer.

 

Quels sont les grands axes de la réforme de la scolarité ?

Afin de définir les grands axes de la réforme de la scolarité, un travail de concertation très approfondi a été mené avec les employeurs publics, pour connaître leurs besoins, avec les élèves en scolarité et les anciens élèves, pour mesurer les points forts et les marges de progression de l'école et avec d'autres grandes écoles, en France et à l'étranger, pour comparer les bonnes pratiques.

Le fil rouge de la réforme consiste à faire de l'ENA la grande école de référence en matière de management public. Conduire les équipes, les projets et le changement, c'est ce qu'on attend des futurs cadres supérieurs de l'État et c'est donc ce qu'il nous appartient de leur enseigner. Le management est donc présent dans l'ensemble de la scolarité, accompagné d'un renforcement significatif de l'enseignement de la déontologie et des valeurs de service public : il s'agit de l'épine dorsale d'une école comme l'ENA et d'un domaine vis-à-vis duquel les attentes des élèves comme de l'ensemble des citoyens sont extrêmement fortes. Entrer à l'ENA, c'est se préparer à exercer des responsabilités et à assumer une forme d'exemplarité. Nul ne doit pouvoir en douter.

Dans tous les domaines, l'école veille à son ouverture, afin que ses élèves puissent se préparer au mieux aux enjeux qui les attendent : ouverture à l'international, puisque plus aucune politique publique ne peut être conçue ni mise en ouvre dans l'ignorance du contexte dans lequel elle s'inscrit ; ouverture aux enjeux scientifiques et technologiques d'aujourd'hui et de demain, à commencer par le numérique, son impact sur la relation de l'État avec les citoyens, sur l'organisation même de l'action publique et le rôle de celle-ci dans le développement de la nouvelle économie ; ouverture aux partenaires de l'État pour la conception, la mise en ouvre et l'évaluation des politiques publiques : collectivités territoriales, secteur privé, société civile ; ouverture aux autres écoles de service public et aux autres grandes écoles et universités, pour que la diversité des savoirs et des méthodes pédagogiques puissent bénéficier aux élèves de l'ENA.

Sensibles au niveau des enseignements dispensés par l'École, ces évolutions le seront également au niveau des stages : les lieux de stage auront vocation à être diversifiés : à l'international, pour plus de stages en institutions européennes, en organisations internationales et en administrations partenaires ; en territoire, au-delà des préfectures et des collectivités territoriales, vers les rectorats et les ARS (agences régionales de santé) ; en entreprises, vers des ETI performantes. Partout, le contact avec le terrain sera recherché. Pendant la scolarité elle-même, l'engagement citoyen, commun d'ores et déjà à de nombreux élèves, sera systématisé.

 

Quels grands chantiers souhaitez vous porter à l'avenir ?

Notre première priorité consiste à mettre en œuvre la réforme des concours et celle de la formation initiale, puis d'en faire l'évaluation afin d'apporter les ajustements éventuellement nécessaires. Je crois profondément que les bonnes réformes sont celles qui procèdent par expérimentations successives et qui veillent à ce que leur mise en œuvre permette un réel dialogue avec ceux à qui elles sont censées bénéficier.

Deuxième axe, l'évolution des méthodes pédagogiques et notamment le développement des enseignements en ligne. Nous démarrons l'an prochain au profit de la formation initiale et réfléchissons à des SPOCs qui pourraient bénéficier par exemple aux candidats au concours. Troisième axe : la revue de notre stratégie européenne : l'Europe a vocation à demeurer une priorité de l'action publique. Nous devons donc toucher des publics plus larges et adapter notre offre en fonction des besoins constatés.

Enfin, la création formelle d'HeSam Universités, à laquelle l'ENA participe, doit permettre d'aller plus loin dans les échanges avec le monde universitaire et la recherche. La réflexion sur la participation d'élèves de l'ENA, sur une base volontaire, à un parcours doctoral se poursuit par exemple dans ce cadre.

 

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