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Mardi 31 Mai 2016

Démocratie participative : à l’aube d’importantes élections, la Civic Tech se lève

La voix crescendo de la Civic Tech

La semaine dernière, la secrétaire d’Etat chargée du numérique, Axelle Lemaire,  et le président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, recevaient plusieurs acteurs de la Civic Tech au Palais Bourbon. De plus en plus reconnue, la Civic Tech rassemble tous les créateurs, entreprises et organismes qui utilisent l’innovation et la créativité technologiques pour transformer la sphère politique. Ainsi, la Knight Foundation distingue deux types d’actions possibles: l’usage technologique, d’une part, pour l’ouverture gouvernementale (plus de transparence et d’efficience), et, d’autre part, pour la participation citoyenne (donner plus de pouvoir aux citoyens). D’ailleurs, certains n’hésitent pas à parler d’une “ubérisation” de l’univers politique tant les initiatives de la Civic Tech se font de plus en plus visibles: création de plateformes Web pour des primaires citoyennes (laprimairedesfrancais.fr ou laprimaire.org), apparition de comparateurs en ligne de programmes politiques (voxe.org) ou encore organisation de hackatons et encouragement de projets d’applications pour évaluer et contribuer aux politiques publiques (BarCamp en Bretagne sur l’open data public par exemple). Cette tendance est d’autant plus remarquable qu’elle rassemble à la fois des acteurs publics et des acteurs privés: il faut dire que les intérêts sont nombreux.

Un intérêt financier : identification, priorité et évaluation génèrent de vraies économies

Il n’est pas difficile d’imaginer que si les citoyens identifient eux-mêmes les besoins et problématiques qu’ils rencontrent et s’ils évaluent les réponses politiques apportées sur le terrain, il y aura un formidable gain de temps pour les collectivités locales et des économies certaines. Une optimisation des dépenses, une mise en place de projets adaptés qui nécessitent moins de modifications au fil du temps, une diminution des coûts de maintenance puisque les citoyens peuvent immédiatement signaler un problème… les exemples sont nombreux. D’ailleurs Jean-Vincent Placé, le secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre, chargé de la réforme de l’Etat et de la Simplification, rappelait dans une interview au Huffington Post au début du mois que les évaluations de politique publique engagées depuis 2012 “ont, d'ores et déjà permis d'économiser plus de 7 Mds € en trois ans”. C’est un excellent début. Aux Etats-Unis aussi les experts sont très optimistes quant à l’impact économique de la Civic Tech, le journaliste Mike Montgomery allant même jusqu’à écrire un article retentissant dans Forbes intitulé “Pourquoi la Civic Tech est la prochaine évolution majeure” (Why civic tech is the next big thing). Dans son papier, il indique que les investissements en Civic Tech progressent 14 fois plus vite que les dépenses dans les autres secteurs technologiques, représentant déjà un quart des dépenses fédérales dans la technologie.

Plus qu’une question d’argent : la Civic Tech répond à un enjeu idéologique majeur

De la représentation à la participation. Du lien brisé à la reconnection du citoyen et du politique. A l’heure où la fracture entre gouvernants et gouvernés est de plus en plus apparente, la Civic Tech peut devenir le ciment d’un édifice démocratique plus juste, plus efficace et plus serein. En effet comme le site CivicTechno l’affirme, la Civic Tech a le potentiel “d’élargir massivement le nombre de participants à la décision publique (une réponse à l’abstention toujours plus grande), d’éclairer l’avis des citoyens, de co-construire des politiques publiques plus efficaces et d’accélérer le processus démocratique avec la technologie”. Le sondage Viavoice réalisé pour La Croix doit encourager l’action de la Civic Tech puisqu’il montre que si la participation électorale continue de décliner et que la fracture évoquée précédemment est béante, les Français restent majoritairement intéressés à la politique (60% des personnes interrogées). Ainsi la volonté d’engagement reste intacte mais tend vers de nouveaux moyens d’expressions (pétitions en ligne, adhésion à de nouveaux mouvements au détriment des partis traditionnels, etc.).

C’est une opportunité à ne pas manquer, à la fois pour les acteurs publics et pour les entreprises privés d’accompagner cette mutation de l’univers politique français. Le mot pertinent de la fin sera pour Jean-Vincent Placé: “évaluer les politiques publiques est l’un des piliers de la nouvelle gouvernance publique auxquels nos concitoyens aspirent. Ces évaluations contribuent à ce que, pas à pas, l'État se transforme, se simplifie et soit plus agile. Il faut rétablir la confiance chez nos concitoyens et conjuguer efficacité, transparence et démocratie participative”. La Civic Tech se lève.

 

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