Imprimer

A la une

Mardi 21 Juin 2016

French Tech : de l’auto-flagellation à l’auto-révolution numérique

Article critique américain et auto-flagellation française

Il y a deux semaines, le journaliste américain Jon Evans publiait dans TechCrunch un article très critique sur le développement de la scène startup en France et de la stratégie établie par notre Gouvernement pour faire de l’hexagone une “tech nation” (nation technologique). Cet article a eu un retentissement gigantesque dans l’écosystème entrepreneurial français, cristallisant les conversations des créateurs d’entreprises en plus d’obtenir une couverture importante dans la presse nationale, notamment dans Les Echos sous le titre “Quand un journaliste nord-américain assassine la French Tech…”. Ce tollé nous avait aussi conduit chez connexite.fr a écrire un article "L'écosystème de startups français et la vision gouvernementale : analyse retentissante venue des Etas-Unis" où vous pourrez lire les principaux points abordés par Jon Evans.

Le séisme provoqué par cette opinion négative a énormément surpris un autre journaliste nord-américain, Chris O’Brien, qui participait avec Jon Evans, à la visite de l’écosystème French Tech organisée par Axelle Lemaire, secrétaire d'Etat chargée du Numérique. Devant toutes ces réactions, qu’il considère démesurées, il décide de publier un article “Dear French entrepreneurs: Please stop giving a f–k what the world thinks of you” (Chers entrepreneurs français: s’il-vous-plait arrêtez de vous en faire de ce que le monde pense de vous”).

En introduction de son article, Chris O’Brien s’étonne qu’un petit vent de critique puisse réussir à réactiver le sport national préféré des Français: l’autoflagellation. “Personne n’aime critiquer les Français ou le Gouvernement Français plus que les Français eux-mêmes”. Il regrette même de voir que les critiques ne se sont pas dirigées une seule fois sur la pensée de Mr Evans… aucun débat de fond ne s’est installé, aucune voix ne s’est élevée pour dire “non je ne suis pas d’accord et voilà pourquoi…”. Et pourtant si certains des points énoncés par Jon Evans sont très peu rationnels et franchement discutables, justement ils n’ont pas été discutés. C’est effectivement très loin de l’esprit français normalement si prompt à monter au front intellectuel, mais qui semble se tapir comme un animal docile dès que la critique vient de l’extérieur. Dans un monde globalisé, cette faiblesse philosophique peut se comprendre mais ne peut se défendre: il y a beaucoup trop à perdre à adopter une telle attitude.

Les risques de la docilité: la crédibilité réelle à l’épreuve de la réalité perçue

Si une telle acceptation de la critique sans débat est bien étrange dans notre société, certains pourront dire que ce n’est pas si grave dans le cas présent. Effectivement cela ne change fondamentalement pas la réalité de la situation puisque ce qui importe, ce sont principalement les résultats. Et de ce côté, la France n’a aucune raison de rougir. La réputation internationale des licornes françaises comme Blablacar et Sigfox n’est plus à faire, les jeunes diplômés français sont de plus en plus attirés par l’aventure entrepreneuriale, des personnalités influentes et reconnues (même étrangères… ouf) croient dur comme fer au potentiel de notre écosystème startups et vont jusqu’à mêler l’action à la croyance: le CEO de Cisco System, John Chambers, n’a cessé de louer le potentiel de la French Tech depuis sa prise de position “France is the next big thing” et a maintenant mis en place un plan de 200 millions de dollars d’investissement dédié à notre pays. Les raisons de se féliciter ne manquent pas. Aussi Chris O’Brien affirme avec justesse qu’évidemment aucun investisseur digne de ce nom ne modifierait sa stratégie d’investissement en France en réaction à une simple opinion journalistique. Et d’ailleurs les faits lui donnent raison: les startups françaises ont levé plus de fonds au premier trimestre de cette année que les startups dans n’importe quel autre pays européen.
Mais indépendamment de cette réalité, indépendamment du fait que John Evans ait raison ou tort, la panique démesurée qui fut provoquée par cet unique article, par une simple prise de position, met en lumière la fragilité de la conscience nationale sur le sujet. La docilité de la (non-)réponse montre l’écart bancal entre la réalité et la perception, et donne du grain à moudre aux sceptiques qui peuvent pointer le peu de confiance du grand public et même des experts dans les orientations, stratégies et développements que les entrepreneurs français sont en train d’accomplir. En effet, si l’on veut que le monde nous prenne au sérieux, il faut commencer par démontrer une foi inébranlable en nous-même et en notre capacité de saisir les opportunités qui s’offrent à nous. Il faut afficher un peu de fierté, sans tomber dans l’excès d’arrogance. Dans un monde globalisé il ne faut pas se rabaisser, puisque le système des vases communicants est à l’œuvre : se lever pour attirer talents et capitaux, alors que ceux qui se rabaissent sont délestés de leurs attributs. Que l’épisode Jon Evans nous serve de leçon: soyons prêts à débattre de toute remise en question, soyons prêts à progresser, soyons prêts à écouter et participer à tout débat de fond, mais fièrement, "le torse bombé" et sûrs de notre force.

Quelques points sur les “i”: startups vs grandes entreprises, O’Brien vs Evans

Dans son article critique, Jon Evans affirmait que l’objectif ultime envisagé par nos leaders politiques et technologiques serait de faire de chaque belle startup française une division interne de LVMH ou Total ou Peugeot, bien plus qu’un Uber ou Google ou Tesla. Sur ce point, Chris O’Brien marque son incompréhension tant Axelle Lemaire et son équipe n’ont cessé au cours de cette visite de présentation de se lamenter sur la vieillesse du CAC40 dont les membres sont sensiblement les mêmes depuis des décennies. Comme l’exprime brillamment Axel de Tarlé, “notre Bourse de Paris fleure bon le XXe siècle – voire le XIXe ! – avec ses souliers "Louis Vuitton" et ses shampooings L'Oréal”. Or les gouvernants français partagent ce regret et espèrent l’émergence de mastodontes français de la technologie et de l’Internet, pour renouveler le CAC40 à l’image d’un NASDAQ en constante évolution. Ce souhait est très largement répandu dans notre pays et contredit sans hésitation l’opinion surprenante de Jon Evans. En ce qui concerne les grandes entreprises, Axelle Lemaire les encourage à investir dans l’innovation, pour se moderniser et remodeler leur propre business. Bien sûr l'acquisition de startups disruptives peut s'inscrire dans leur stratégie, mais ce n'est une fin en soi ni pour la grande entreprise, ni pour la startup. D’ailleurs, ce travail d’auto-révolution numérique est aussi souhaité et enclenché dans les organes de gouvernance politique, dans les autorités locales et régionales. Pour suivre toutes ces évolutions, gardez un œil sur connexite.fr puisque nous abordons régulièrement ces sujets de la France numérique.

ShareThis
Connexite Premium

Publicité