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Mardi 06 Decembre 2016

La France, terre promise de l’intelligence artificielle ? Le devoir de l’Etat…

L’écosystème français propice aux développements d’intelligence artificielle

L’année dernière, Facebook avait décidé d’implanter son premier laboratoire d’intelligence artificielle (FAIR) hors des Etats Unis : après la Californie et New York, la firme de Mark Zuckerberg choisissait Paris pour cela. Cette décision stratégique avait résonné comme une véritable déclaration de confiance pour la France et son formidable potentiel dans le secteur de l’intelligence artificielle (IA). La reconnaissance de l’expertise française dans ce domaine de haute technologie n’est pas nouvelle, puisque par exemple le responsable monde des recherches d’IA pour Facebook n’est autre qu’un français : Yann Le Cun, qui travaille aujourd’hui dans le laboratoire de New York et pilote l’ensemble de la stratégie de recherche et développement en IA de l’entreprise. D’autres de nos compatriotes ont déjà fait preuve de leur savoir-faire et notre pays a acquis une solide réputation en accouchant de très belles startups dans l’univers de l’intelligence artificielle, comme Moodstocks, Flexicore et Sparrow qui ont toutes les trois été rachetées par Google. Pourquoi la France est-elle un terre si florissante pour l’intelligence artificielle ?

Florent Perronnin, ancien directeur du laboratoire de Facebook à Paris jusqu’à juillet dernier nous donne les ingrédients de la réussite française : “pour qu’un pays construise un écosystème prometteur en IA, vous avez besoin d’une combinaison d'ingrédients rares. Tout d’abord, vous devez disposer d’un solide réseau d’universités et d’institutions de recherche de haut niveau, qui forment les bons profils. De ce point de vue, la France est particulièrement reconnue dans la formation d’étudiants dans deux des domaines de compétences les plus clefs pour la recherche IA : les mathématiques et les sciences informatiques (computer science). En plus de cette composante académique,  vous avez besoin d’un écosystème économique solide, avec un tissu dense de grandes et moyennes entreprises mais aussi de startups et jeunes pousses innovantes, qui peuvent recruter les bons profils dans les universités de pointe du pays et explorer les applications économiques de l’IA. En France, nous avons ce genre d'écosystème complet, à Paris bien sûr mais aussi dans d’autres villes comme Grenoble, Sophia Antipolis et Rennes.

Dans la plupart des laboratoires en IA, la recherche se concentre principalement sur le traitement automatique du langage (automatic language processing), la reconnaissance vocale, et les plateformes logicielles et physiques qui servent de base pour d’autres systèmes d’intelligence artificielle (l’architecture software et hardware du monde de l’IA). En France, les chercheurs ont choisi de tabler en priorité sur "la vision par ordinateur" (computer vision) dont le but principal est d’enseigner à une machine d'analyser, traiter et comprendre une ou plusieurs images prises par un appareil photo, une caméra, ou tout autre système de capture d’images. Ce choix de la vision par ordinateur est ambitieux… et très malin.

Le savoir-faire français se concentre sur la vision par ordinateur

Le machine learning et la vision par ordinateur sont des domaines de l’IA dans lesquels la France est particulièrement dynamique : ainsi l’INRIA (Institut national de recherche en informatique et en automatique) est l’un des centres de recherche les plus pointus du secteur  dans le monde, et en plus du laboratoire Facebook à Paris, Xerox à Grenoble et Technicolor à Rennes ont décidé de tourner leurs ressources vers les recherches et le développement d’applications de la vision par ordinateur. Il faut dire que cette branche de l’IA est certainement l’une des plus prometteuses, avec un champ d’applications presque infini. Ainsi une recherche menée par Tractica Research sur les quelque 200 applications en IA qui existent, a débouché sur un constat sans appel : la vision par ordinateur est celle qui a le plus gros potentiel de marché. En effet, la vision par ordinateur est déjà utilisée dans le traitement des images par vos smartphones (dans les photos Google ou Apple, même sur Flickr) avec des algorithmes qui reconnaissent les images et peuvent les dater ou les classer de manière pertinente. Une autre application de la vision par ordinateur est l’analyse d’émotions : certaines entreprises ont développé des logiciels de reconnaissance faciale qui peuvent comprendre les expressions du visage. C’est un moyen par exemple de voir comment les gens réagissent à certaines publicités, pour pouvoir mieux cibler et toucher les consommateurs dans le futur. On peut aussi imaginer ce genre de solutions dans les voitures pour détecter le niveau de fatigue du conducteur et lui indiquer de faire une pause si besoin.

Dans le domaine de la santé, la vision par ordinateur est déjà utilisée pour reconnaître et identifier les cellules cancéreuses, puisqu’aujourd’hui les algorithmes d’IA sont devenus meilleurs que les humains pour repérer les tumeurs. Finalement dans le transport, la vision par ordinateur est évidemment un élément déterminant du développement des voitures autonomes.

Intelligence artificielle : l’Etat et le devoir de sensibiliser et de rassurer le grand public

Malgré ses atouts dans cette industrie de pointe, la France a besoin que l’Etat rassure la population. En effet l’un des obstacles majeurs pour le développement d’applications en IA dans notre pays est la frilosité voire peur de la population française envers l’IA en général. Une étude récente financée par Microsoft a montré que plus de la moitié de la population française craint que l’IA ne détruise une part importante de l’emploi (la pensée que la machine piquera le métier de l’humain). Si les gouvernements ont évidemment un devoir de contrôle des avancées technologiques (la politique du garde-fou), d’autres pays abordent la question du devenir de l’IA sous un autre angle bien plus optimiste que la destruction d’emplois : par exemple aux Etats-Unis, une narration émerge sur l’IA comme étant non pas un substitut à l’humain, mais un soutien qui peut améliorer la qualité et l’efficience du travail. Une vraie politique française dans le domaine de l’IA permettrait de raconter une autre histoire que la peur… ambition pour 2017?

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