Imprimer

A la une

Mardi 20 Decembre 2016

L’Europe technologique bouge sous l’impulsion du couple franco-allemand

Une conférence numérique pour des projets franco-allemands et une vision numérique commune
 
Il y a quelques jours avait lieu la deuxième édition de la "conférence numérique franco-allemande" à Berlin. Elle fait suite à la première réunion qui s’était déroulée à Paris en octobre 2015, et dont l’objectif était de créer un terrain de collaboration entre les deux états forts européens. A cette occasion, le ministre fédéral allemand de l'Économie et de l'Énergie, Sigmar Gabriel, et le ministre français des Finances, Michel Sapin, ont rappelé les réalisations conjointes qui servent les intérêts des startups françaises et allemandes : par exemple la création d’une académie franco-allemande du futur entre l'Institut Mines-Telecom et l'université de Munich, ou encore les différents partenariats dans des domaines technologiques clefs comme la nanoélectronique, le calcul haute performance, l'intelligence artificielle, le logiciel libre, mais aussi la cybersécurité avec l’idée forte de créer un "label franco-allemand" sur le cloud. Les gouvernants allemands et français s’accordent aussi sur l’importance de créer des infrastructures permettant le déploiement d’un réseau européen très haut-débit 5G pour créer un grand marché du numérique à l'échelle de l'Europe, offrir des services de pointes aux citoyens et encourager la révolution numérique des entreprises sur le sol européen. Une vraie stratégie commune de développement digital.
 
Aussi, les deux ministres ont profité de cette conférence stratégique pour annoncer leur volonté de créer un fonds d’investissement commun doté de 1 Md€ pour aider les startups à accélérer leur développement. Si peu de détails ont été donnés sur cette belle ambition conjointe, on peut penser que les modalités seront assez proches de celles qui avaient permis l’année dernière aux deux Gouvernements d’injecter 75 M€ dans le fonds Français Partech Growth. Dans ce cas précis, l’argent provenait de la Banque publique d’investissements (BPI France), le Fonds européen d’investissement (EIF) et la banque publique allemande KfW. Cette fois encore, l’Etat français semble décidé à inclure les mêmes acteurs dans l’opération, avec toutefois l’ajout d’un nouvel investisseur privé, alors que les Allemands semblent plus enclins à reposer principalement sur le Fonds européen EIF. Mais indépendamment des modalités d’exécution, cette initiative montre surtout que les deux pays prennent très au sérieux le manque de capacités de financement en Europe : si de vrais progrès ont été faits, il reste quand même beaucoup plus facile pour une startup de lever des fonds aux Etats-Unis plutôt que sur le vieux continent. Cette levée d’un fonds franco-allemand va donc dans la bonne direction, d’autant que c’est loin d’être une tentative isolée de rivaliser avec la Silicon Valley ou New York… et que la capacité de financement des startups reste le nerf de la guerre technologique.
 
La capacité de financement : l’Europe et la France au diapason
 
Les besoins de trésorerie des startups sont une réalité vitale pour les entrepreneurs d’où qu’ils viennent, mais surtout en Europe. Ainsi nous pouvons nous rappeler que dans le baromètre 2016 sur la performance économique et sociale des startups numériques en France (une étude EY et France Digitale), le financement était cité par les entrepreneurs comme le troisième frein le plus important à l’évolution de leurs projets. L’Europe a donc mis l’accent sur le développement d’outils d’investissements pour rivaliser avec les Etats-Unis ou la Chine : la Banque européenne d’investissement (BEI) et le Fonds européen d’investissement (FEI) sont très dynamiques dans le financement de l’écosystème, alors que le mois dernier était annoncée la création d’un véhicule de financement pour les projets spatiaux, le Venture Capital Funds of Funds (dans le cadre de la "Stratégie spatiale pour l’Europe"). Les Etats membres ont aussi été invités à se mettre en marche sur cette problématique, en prenant des initiatives nationales : sur ce point la France fait vraiment office de bon élève. En effet en plus des initiatives franco-allemandes décrites précédemment, notre pays a mis un place un cadre d’investissement très avantageux et ambitieux. Quelques exemples de mesures : le crédit impôt recherche, le label Jeune entreprise innovante, et évidemment la création de la Banque publique d’investissement (BPI France) qui a prévu d’investir plus de 12 Md€ dans les PME technologique d’ici 2017 et qui est déjà l’investisseur le plus actif en Europe… Aussi les investisseurs privés ne sont pas en reste avec par exemple Xavier Niel et son fonds d’investissement qui n’hésitent pas à participer à des tours de table très élevés, ou encore son projet Station F qui dotera la France du plus grand incubateur de startups au monde. Ainsi toutes ces réalisations sont autant de preuves d’une prise de conscience réelle de l’enjeu d’investissement dans l’écosystème d’innovation en Europe, et plus particulièrement en France.
 
Par conséquent, la France est en train de se positionner comme une terre d’investissement privilégiée pour les startups : la toute récente étude de CBS Insights montre que la France s’est rapprochée des niveaux autrefois inatteignables du Royaume-Uni (dans le passé les sommes investies à Londres étaient 6 à 8 fois plus importantes qu’à Paris). Et oui sur le troisième trimestre de l’année 2016, la France a attiré 857 millions de dollars d’investissements, soit seulement 7% de moins que le Royaume-Uni et ses 919 millions de dollars d’investissement, et se place très loin devant l’Allemagne qui a vu "seulement" 462 millions de dollars investis sur ses terres. Bien sûr cette percée de la France peut s’expliquer par le Brexit, qui a véritablement redistribué les cartes : l’argent investi outre-Manche entre les 2e et 3e trimestres 2016 a été de seulement 76 M$ contre 1.5 Md à la même période l’année dernière (alors que dans le même temps la France a reçu 584 M$ de capitaux contre 198 M$ à la même période en 2015). Il semble donc y avoir un certain effet de vases communicants à l’avantage de la France… ce qui valide et encourage les mesures prises par nos dirigeants depuis des mois.

ShareThis
Connexite Premium

Publicité