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Mardi 25 Octobre 2016

Etude Capgemini : le numérique n’est pas encore dans l’ADN des gouvernements

Répondant à la demande de la Commission Européenne, Capgemini a publié il y a quelques jours son Benchmark sur le développement de l’administration numérique en Europe (eGovernment Benchmark 2016).
 
Des développements en demi-teinte : état des lieux des sept axes du plan stratégique européen
 
Si l’on regarde les sept principes prioritaires mis en avant par la commission Européenne dans son plan de numérisation étatique, on voit que les progrès existent mais ne sont pas très excitants :

- 1) Le principe du digital par défaut (digital by default) : rendre obligatoire la numérisation de certains services est devenue la règle dans le cadre de services aux entreprises privées (un pays européen sur deux a déjà rendu obligatoire la numérisation d’au moins un service de cette nature), de services aux étudiants (11 pays européens sur 34) mais pas du tout dans le cadre de services aux citoyens (seulement 4 pays européens sur 34). 
- 2) Le principe d’une fois pour toute (once-only principle) : renseigner ses données une seule fois sur un service étatique (qui communiquerait alors avec les autres plateformes administratives pour éviter au citoyen de renseigner à nouveaux ces mêmes informations) est une politique en progrès très lent et ne concerne que 3% de tous les services gouvernementaux. 
- 3) Le principe d’inclusion et d’accessibilité (inclusiveness and accessibility) : faire en sorte que tous les citoyens européens aient un accès rapide à internet est un projet clef dans le plan numérique européen. En revanche, ils semblent que les gouvernants n’aient pas en tête les réalités de l’usage internet d’aujourd’hui : alors que l’internet mobile est en hausse constante, seulement un tiers des sites web publics sont "mobile-friendly" (accessible via son smartphone).
- 4) Le principe d’ouverture et de transparence (openness and transparency) : ouvrir le marché des données publiques aux acteurs privés semble être une initiative sur l’agenda de la plupart des gouvernements européens. Néanmoins, les résultats sont paradoxalement assez opaques et seuls 8 pays se distinguent par leur volonté de véritablement pousser la création de valeur sur les bases de données publiques (ces 8 bons élèves sont l’Autriche, la France, l’Allemagne, le Danemark, l’Estonie, l’Espagne, la Finlande et les Pays-Bas).
- 5) Le principe de la mobilité transfrontalière par défaut (cross-border by default) : faire en sorte que les services dédiés aux étrangers soient au même niveau de numérisation que les services offerts aux locaux. Dans cette optique, l’exemple de la création d’entreprise est très frappant pour se rendre compte de l’écart : 25% des services qu’un citoyen doit prendre en compte pour créer son entreprise à l’étranger sont uniquement hors-ligne (sans aucune visibilité ou information en ligne) alors que seuls 2% de ces services sont hors-lignes s’il crée son entreprise dans son propre pays. Pour les startups, celles de nationalité étrangère profiteront de moins de services en ligne que ses homologues locaux (27% contre 46%). Les principaux obstacles sont la barrière de la langue, le manque d’information sur les versions étrangères des sites web, et la nécessité d’un contact ou échange physique pour mettre en place ledit service de manière optimale.
- 6) Le principe d’inter-opérabilité par défaut (interoperability by default) : s’assurer que les différents services et entités étatiques soient dans les meilleurs dispositions pour collaborer et travailler ensemble est un axe majeur mais sensible du plan européen d’administration numérique. Pour le moment, trop peu de données ont été récoltées sur ce point pour donner une véritable tendance.
- 7) Le principe de confiance et de sûreté (trustworthiness and security) : donner aux citoyens un sentiment de contrôle sur les données qu’ils fournissent en ligne à l’administration est capital pour s’assurer de la durabilité du modèle. S’il faut noter que la majorité des citoyens européens sont assez sereins sur ce point, seulement 15% d’entre eux ont le sentiment d’avoir une emprise et un contrôle total sur leurs données privées communiquées en ligne.

Un impératif de ressources humaines : l’éducation nécessaire des fonctionnaires d’Etat au changement numérique
 
"Le numérique n’est pas encore dans l’ADN des gouvernements, tout comme la performance digitale des administrations n’a pas été incroyablement améliorée alors que les plans d’action dans ce secteur ont fondamentalement peu changé depuis le plan i2010 lancé en 2006 (il y a maintenant une décennie)". Ce constat est dur, sans appel. Bien sûr des progrès ont été faits dans l’administration numérique, mais en comparaison de la rapidité d’évolution du monde digital, ils paraissent bien lents. Pourquoi ? Parce que selon Stephen Foreshew-Cain, le directeur du Government Digital Services (l’organisme de développement de l’administration numérique au Royaume-Uni), "le principal problème est de se réinventer au niveau des fonctionnaires d’Etat pour être dans les meilleures dispositions pour accueillir le changement aussi rapidement que les acteurs privés". Ainsi pour devenir des "maîtres du digital", il est capital pour les gouvernements d’investir dans le développement de compétences de ses fonctionnaires : il faut qu’à tous les échelons et dans tous les départements les employés soient prêts à comprendre et à prendre la pleine mesure des tendances technologiques de rupture (disruptive innovations). Si peu de statistiques existent sur le niveau de compétences en digital des fonctionnaires d’Etats, plusieurs études laissent croire que de nombreux progrès sont possibles et même requis pour accélérer la numérisation de l’administration. Et comme le dit la Banque mondiale : "ce qui est certain, c’est que les gouvernants font face à une véritable course technologique et que les vainqueurs seront ceux qui auront encouragé la montée en compétence de sa main d’œuvre pour saisir les opportunités du numérique". Alors peut-être est-il temps de dépoussiérer certains profils de fonctionnaires pour en élever de nouveaux ?

Aller plus loin

L’étude “A turning point for eGovernment development in Europe ?”

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