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Vendredi 02 Decembre 2016

Les enfants des quartiers prioritaires cumulent les inégalités

C’est un constat sans appel que l’Unicef fait apparaître avec les résultats de sa troisième consultation nationale des 6-18 ans, "Ecoutons ce que les enfants ont à nous dire" : les enfants adolescents des quartiers prioritaires cumulent les inégalités. "Privations et difficultés d’intégration engendrent un sentiment de dévalorisation de soi et une perte de confiance dans l’avenir", soulignent les auteurs de l’enquête.

Près de 22.000 enfants et adolescents de 6 à 18 ans ont donné, entre octobre 2015 et juin 2016 leur avis sur leur vie. Pour la première fois, les résultats permettent de différencier la perception des enfants selon leur lieu d’habitation, centre-ville, quartier populaire ou quartier prioritaire. Ce qui aboutit à des conclusions étonnantes, voire dramatiques, en particulier pour les enfants des quartiers prioritaires.

C’est ainsi que dès 6 ans, 54% des enfants de ces quartiers témoignent d’un manque d’accès aux savoirs, 41% d’un manque d’activités culturelles ou de loisirs, 22% sont en situation de privation matérielle, 28% en situation de privation d’accès aux soins.

Le cumul de ces inégalités matérielles et la perte de confiance sont autant de facteurs aggravant les situations vécues par l’enfant, démontre l’analyse ; discrimination ethnique ou religieuse, harcèlement sur Internet ou dans le quartier. Les enfants et adolescents privés d’activités extrascolaires ont près de quatre fois plus de risques d’être angoissés de ne par réussir à l’école.

"Plus grave, souligne l’enquête, ces enfants perçoivent très tôt qu’ils n’ont pas les mêmes chances que les autres" : 13% estiment que leurs droits ne sont pas respectés dans leur quartier, 7% qu’ils ne le sont pas non plus en France (2 fois plus que ceux qui vivent en centre-ville). Ce qui amène ce commentaire du sociologue Serge Paugam, qui a analysé les réponses : "Certains enfants et adolescents intériorisent très tôt le sentiment d’être défavorisés, peu respectés par les institutions, notamment l’école. Ils grandissent en  ayant intériorisé l’idée de l’injustice". Autre commentaire, celui de l’hapnothérapeute Catherine Dolto, l’haptonomie étant le nom donné à l’étude de l’affectivité : "L’intériorisation des injustices provoque soit une soumission génératrice de retrait et de repli sur soi-même avec déni de ses propres capacités, soit une révolte contre cette société qui ne sait pas voir les potentialités et le désir d’apprendre. Dans les deux cas, la société perd une intelligence qui s’éteint ou s’égare".

Au final, les enfants eux-mêmes avancent un certain nombre de pistes, par exemple :
• mener des actions pour développer les activités en dehors de l'école, les rendre plus accessibles pour  mieux préparer à la réussite scolaire ;
• renforcer le lien entre l'école et le quartier, ce qui implique de valoriser les parents dans leur rôle éducatif. Tout ce qui peut conduire à réduire la distance entre l'univers scolaire et l'univers domestique permet de lutter contre ces formes nouvelles de disqualification sociale.

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