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Mardi 07 Juin 2016

L’écosystème de startups français et la vision gouvernementale: analyse retentissante venue des Etats-Unis

Le 6 juin, le journaliste Jon Evans publiait un article dans Techcrunch intitulé “Vive la France! Vive la Tech! Mais ces deux-là vont-ils bien ensemble?”. Mr. Evans était invité par le Gouvernement Français pour observer l’évolution de l’écosystème startup et l’impact des politiques publiques mises en œuvre pour favoriser l’innovation dans l’Hexagone. Techcrunch étant une référence internationale dans l’industrie Internet, cet article d’opinion est un bel éclairage sur la vision que des experts extérieurs entretiennent de notre évolution digitale. Une conclusion pleine de contrastes.

Les startups au service du CAC 40: le verre à moitié vide

Si Mr. Evans a été impressionné à titre personnel par notre secrétaire d’Etat chargée du Numérique, Axelle Lemaire, il n’a en revanche pas du tout été convaincu par la stratégie de son équipe. En effet, leur stratégie et vision peuvent être résumées de la sorte: il faut encourager les startups technologiques dans l’objectif final d’aider les grandes entreprises françaises. Ainsi, les startups seraient de petites “équipes de choc” qui s’intégreraient à terme dans les grandes entreprises pour leur apporter un facteur de disruption nécessaire devant la concurrence des mastodontes de l’Internet asiatiques et américains. L’objectif ultime serait de faire de chaque belle startup française une division interne de LVMH ou Total ou Peugeot, bien plus qu’un Uber ou Google ou Tesla. C’est une énorme différence avec la mentalité de la Silicon Valley qui recherche la “destruction créative”, qui souhaite que les startups remplacent progressivement les historiques dinosaures industriels.

L’expert américain a aussi été surpris de voir que cette vision gouvernementale est globalement partagée par la plupart des acteurs de l’écosystème digital français, des entreprises aux incubateurs en passant par les fonds de capital-risque qu’il a rencontré. Il regrette dans cette vision un manque fondamental d’ambition : personne ne semble penser qu’une startup puisse avoir le potentiel non pas uniquement de s’intégrer dans un marché, mais bien de le transformer et d’en changer les règles du jeu. C’est aussi un objectif dangereux puisqu’un tel message peut pousser les entreprises et talents les plus prometteurs et ambitieux à rechercher l’excellence ailleurs. Il suffit de voir le nombre d’ingénieurs français émigrés dans la Silicon Valley

Un écosystème jeune et des initiatives dans le bon sens: le verre à moitié plein

Jon Evans rappelle que l’écosystème startup français est très jeune et que le chemin parcouru en si peu de temps est phénoménal. Il n’est donc pas si dramatique de voir une stratégie gouvernementale conservatrice puisque l’écosystème dans son ensemble est encore très peu organisé, structuré et constant. De plus, il reconnaît qu’il y a beaucoup de raisons d’être plein d’espoir et que nombreuses sont les initiatives qui permettent d’être très enthousiaste à propos de la scène française.

D’un point de vue général, l’attitude des gens par rapport à la technologie change pour le meilleur, le climat est de plus en plus favorable en France et la tech est même en train de devenir “cool”. Ce n’est pas accessoire puisque cela encourage les talents français à se tourner vers les entreprises technologiques plutôt que d’envisager uniquement une carrière dans des grandes entreprises traditionnelles, des banques ou des cabinets de conseil. D’un point de vue plus particulier, Jon Evans affirme l’effet d’entrainement que peuvent avoir de belles réussites entrepreneuriales. Ainsi il cite la réussite et l’ambition de Blablacar ou Sigfox qui s’affirment comme des startups à très forte croissance avec un objectif indépendant et global : on voit mal Blablacar devenir une division de Peugeot par exemple.

Aussi, des figures de proue de la French Tech se dégagent et peuvent inspirer et influencer l’évolution de l’écosystème. Il cite en premier Xavier Niel, qui en plus de son succès entrepreneurial (Free, Iliad) a lancé son Ecole 42 pour former des développeurs informatiques et dont le projet pharaonique de la Halle-Freyssinet (construction d’un incubateur géant pouvant accueillir 1.000 startups) va faire briller le potentiel français dans le monde.

D’un point de vu administratifs, de nombreuses avancées ont été réalisées avec l’ouverture progressive et programmée des données publiques, la création du statut d’auto-entrepreneur, ou encore les positions récentes des hommes politiques de premier rang en faveur des startups (Emmanuel Macron ou Alain Juppé entre autres).

Si l’on regarde derrière, le chemin parcouru est vraiment encourageant. Si l’on regarde devant, la route est encore longue. Allez, une petite pause et c’est reparti.

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