Imprimer

A la une

Mardi 28 Fevrier 2017

Consciente des enjeux du digital, la Banque de France opère son virage technologique

Il y a un mois le Palais-Brongniart accueillait le Paris FinTech Forum, un événement rassemblant près de 130 startups venues de plus de 25 pays différents pour discuter de l’impact des nouvelles technologies sur les métiers de la banque et de l’assurance. A cette occasion François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France, a présenté la feuille de route de son établissement sur le chemin de l’innovation.
 
Une vision ambitieuse du virage technologique qui s’opère sur le secteur bancaire et monétaire
 
Tout d’abord, le gouverneur s’est félicité du dynamisme de la Banque de France dans le domaine de l’innovation, en mettant notamment en avant plusieurs initiatives comme celles de travailler depuis un an avec la startup Labo Blockchain ou d’ouvrir un LAB pour travailler avec des startups sur des problématiques métiers. Plus généralement, il a rappelé que la France est aujourd’hui le deuxième plus gros marché en Europe pour le crowdfunding (après le Royaume-Uni) et l’un des plus dynamiques sur le développement de nouveaux moyens de paiement. Notre pays a donc un vrai rôle à jouer et une position à assumer sur le marché de la FinTech qui s’appuie sur de nouvelles technologies pour révolutionner cinq segments financiers : la gestion des actifs, le paiement, les prêts, l’assurance et le marché des capitaux. Pour François Villeroy de Galhau il faut remercier les startups de la FinTech qui "grâce à leur technologie contribuent à rendre le système financier plus sûr. Qui développent des produits d’intelligence artificielle et des chatbots capables de mieux répondre aux besoins des clients. Qui utilisent le Big Data, le machine learning et la biométrique pour améliorer la lutte contre la fraude".
 
Les objectifs de la FinTech sont très clairs et ont tout pour séduire les consommateurs :
1) Renforcer la transparence en simplifiant l’offre financière pour donner au consommateur des services clairs lui permettant de mieux gérer ses finances personnelles.
2) Réduire les coûts des différents services bancaire en redonner de l’autonomie aux clients qui peuvent choisir des services bien plus adaptés à leurs propres besoins.

Aussi, l’innovation apportée par la FinTech ne concerne évidemment pas seulement des nouveaux entrants et autres jeunes pousses en croissance, mais bien les acteurs traditionnels du marché comme les banques ou assureurs. La révolution digitale a par exemple inexorablement détruit les modèles de relation clients connus jusqu'à présent. Pour illustrer ce constat, l’évolution de la fréquence de visite d’un client chez son banquier est une donnée très parlante : en 2007, 62% des Français se rendaient dans leur agence bancaire plus d’une fois par mois. En 2016 ce chiffre a été divisé par trois pour atteindre seulement 20% des français, et même 13% pour la tranche d’âge des 18-34 ans. Ainsi le parcours client est de plus en plus numérique et la France a même désormais le plus haut taux d’utilisation de services bancaires dématérialisés parmi les grands pays européens (69% des Français s’y adonnent).
 
En allant plus loin que la relation client, les entreprises financières doivent repenser leur structure de coût ainsi que leur stratégie de développement et d’organisation interne. Par exemple, les modes de facturations des services bancaires sont souvent décriés par les clients qui voudraient de plus en plus souvent des prix "à la carte" et basés sur leur propre consommation ou utilisation plutôt que des forfaits génériques et finalement dé-corrélés de leur usage personnel. Du point de vue de l’organisation interne, la formation de ressources humaines plus qualifiées et compétentes sur les enjeux numériques et le rapprochement avec des instituts de recherche et de technologie semblent des directions incontournables pour les banques et autres assureurs.
 
En ce qui concerne les assurances, de nouveaux produits doivent être inventés puisque le monde bouge rapidement et donc la nature de ses risques aussi : par exemple en 2015, moins de 5% des entreprises françaises et environ 6% des particuliers seulement avaient souscrits à une cyber-assurance. Les assureurs vont donc sérieusement devoir s’attaquer au cyber-risque.
 
Dans tous les cas, des investissements en IT seront nécessaires pour proposer des services au plus près des besoins clients (ce qui implique d’ailleurs d’avoir une structure de coût de plus en plus souple et flexible pour pouvoir personnaliser son offre). C’est bien là un énorme challenge : avoir des systèmes IT solides et protégés des cyber-attaques tout en restant flexibles et ouverts à l’interconnexion avec un maximum d’applications clients.
 
Le rôle de la Banque de France et des autres régulateurs dans la nouvelle donne
 
Dans un contexte d’évolution brutale, François Villeroy de Galhau affirme que les institutions doivent contribuer à mettre en place des régulations qui soient : stables, rassurantes et agiles.
1) Stables : parce qu’il faut pouvoir profiter et pérenniser une belle uniformité des régulations européennes. Cela signifie qu’il faut préserver le « passeport européen » qui permet aux entreprises de la FinTech établies en France d’offrir leur service dans tous les pays membre de l’Union Européenne.
2) Rassurantes : parce que l’objectif est de limiter les risques de friction pour que l’innovation soit toujours synonyme de protection clients, de sécurité de paiement et de confidentialité des données personnelles.
3) Agiles : parce que l’innovation ne doit pas être freinée voire étouffée par toute une série de procédures et obstacles administratifs. La manière la plus efficace de faire est de définir une régulation basée sur des objectifs et principes plus que sur des règles.

Dans un discours fondamentalement libéral, il affirme que les institutions doivent permettre aux nouveaux acteurs de la FinTech de stimuler la concurrence avec les acteurs déjà en place, et particulièrement avoir un droit de réponse aux initiatives de FinTech lancées par les géants américains (les GAFA notamment). "Les enjeux industriels sont très forts : nous devons encourager cette concurrence active qui est bien plus avantageuse pour les consommateurs que les situations de monopoles même lorsque ces derniers sont de nature technologique".

Finalement des régulations stables, rassurantes et agiles vont être génératrices de confiance dans l’esprit des utilisateurs. Et comme la confiance est la base du succès d’une innovation, il semble qu’un scénario vertueux se mette en place…

ShareThis
Connexite Premium

Publicité