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Mercredi 10 Juillet 2013

Comment démocratiser la politique de la ville ou l’empowerment à la française

Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmaché, qui avaient été missionnés par le ministre délégué chargé de la Ville, François Lamy, pour élaborer des propositions sur la participation des habitants de quartiers, lui ont remis leur rapport le 8 juillet, un rapport au titre "à tiroirs" : "Pour une réforme radicale de la politique de la ville – Ça ne se fera plus sans nous – Citoyenneté et pouvoir d’agir dans les quartiers populaires".

Selon le ministre, "Ce rapport, très riche en propositions, va permettre d’engager une véritable avancée en matière de co-construction de la politique de la ville avec les habitants". Il annonce par ailleurs que "dès la rentrée prochaine, des « tables de quartiers » ou des « conseils citoyens » seront évalués dans les 12 sites expérimentaux des contrats de Ville avant leur généralisation l’an prochain".

Quant aux auteurs du rapport, leur premier constat est celui d’un échec, d’un "rendez-vous manqué de la politique de la ville", celui qui devait "faire des habitants les acteurs du changement", ainsi que le préconisait, en 1983, Hubert Dudebout, alors maire de Grenoble et président de la Commission nationale pour le développement social des quartiers, dans son rapport au Premier ministre "Ensemble refaire la ville". Pour Marie-Hélène Bacqué et Mohamed Mechmaché, le compte n’y est pas : "Trente ans plus tard, force est de constater que, même si les rapports successifs ont régulièrement réaffirmé cet objectif et si la politique de la ville a constitué un lieu riche d’expérimentations participatives, ce projet reste largement inabouti. La politique de la ville est restée une politique conduite et décidée « par le haut », avant tout initiée par des professionnels et des élus locaux".

Pour la sociologue et l’éducateur, il convient d’engager "une réforme radicale […] mettant les habitants au centre de la politique de la ville et ayant l’audace d’engager une véritable politique d’« empowerment à la française »". De quoi s’agit-il ? Une telle politique "suppose que la participation ne soit pas conçue comme un moyen d’accompagner la disparition des moyens, de remplacer le droit commun ou les services publics : au contraire, elle s’accompagne d’une intensification des politiques publiques, mais de politiques publiques co-élaborées, et qui s’appuient sur les initiatives citoyennes […]".

C’est ainsi que la première des orientations majeures préconisées par le rapport consiste à "appuyer le développement du pouvoir d’agir". Cette démarche d’"empowerment" visant à "encourager l’autonomie de la société civile sous ses différentes formes, à libérer l’initiative, à favoriser l’existence de contre-pouvoirs, c’est-à-dire d’espaces critiques et créatifs, à favoriser une démocratie d’implication et donner le droit à l’interpellation, et à créer ainsi les conditions pour une construction plus inclusive de l’intérêt général".

Les quatre autres orientations étant : "Mettre les citoyens au cœur des services publics" (par exemple en assurant une représentation des citoyens dans les instances d’orientation et de décision des services publics) , "Démocratiser la politique de la ville" (notamment en assurant la représentation des habitants dans les instances de discussion et de décision), "Changer l’image des quartiers" (par exemple en favorisant et aidant au développement de médias locaux et d’expressions culturelles issues des quartiers populaires), "Accompagner un renversement de démarche par la formation et la co-formation" (formation des professionnels et des élus pour une meilleure connaissance sociale des habitants de leur ville…).


Aller plus loin

Accéder au rapport et à sa synthèse (sur le site du ministère de la Ville)

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