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Mardi 19 Mai 2015

L’école de la réussite pour tous : ces chemins non encore empruntés

Quelque 10 à 20 % des enfants des quartiers de l’éducation prioritaire "semblent être dans un état de dénuement culturel particulièrement important", révèle une enquête de l’Association de la fondation des étudiants pour la ville (AFEV)  sur les inégalités entre enfants des quartiers de l’éducation prioritaire et les enfants de quartiers de centre-ville, enquête dont les principales conclusions sont publiées en annexe du rapport de Jean-Paul Delahaye, inspecteur général de l’Education nationale, intitulé "Grande pauvreté et réussite scolaire", remis le 12 mai à la ministre de l’Education nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Ces enfants disent ne jamais  partir  en  vacances  (12%), n’être jamais allés à un  spectacle, dans un musée ou au centre‐ville (10%, 9%, 8%), n’avoir pas du tout de livre à la maison (19%), n’avoir jamais reçu un livre en cadeau (20%),  etc..

En introduction de son rapport, l’IGEN cite cette formule d’ATD Quart Monde Réunion : "L’école d’aujourd’hui n’est pas l’école de la réussite pour tous, il y a sûrement des chemins que l’on n’a pas empruntés." et rappelle qu’en France, "sixième puissance économique mondiale, 1,2 million d’enfants, soit un enfant sur dix, sont des enfants de famille pauvre", tout en soulignant la part importante de responsabilité de l’école dans ce constat

Le rapport rappelle à ce propos les conclusions de l’Etude internationale PISA soulignant que "la corrélation entre le milieu socio-économique et la performance est bien plus marquée en France que dans la plupart des autres pays de l’OCDE et que le système d’éducation français est plus inégalitaire en 2012 qu’il ne l’était neuf ans auparavant".

D’où la nécessité de "refonder l’école", notamment en corrigeant les inégalités au sein du système éducatif, c’est-à-dire en faisant réussir les plus pauvres, ce qui ne signifie pas "niveler par le bas", mais consiste, au contraire, à "élever le niveau de tous". Un  vœu d’une actualité brûlante, au moment où la réforme du collège proposée par la ministre de l’Education nationale, fait l’objet d’un débat de plus en plus passionné et frontal, tant du point de vue des politiques que des enseignants, sur fond de lutte "élitisme versus égalité". Ce que conteste Jean-Paul Delahaye dans son rapport. Dans la refondation de l’école, telle qu’il la préconise, "tout le monde y gagnera, y compris les élites, dont la base sociale est trop étroite et dont les résultats ont tendance à stagner, voire à régresser".

Le rapport identifie quatre leviers "pour faire réussir tous les élèves et combattre ainsi les inégalités au sein du système éducatif :
- une concentration indispensable des efforts et des moyens pour mieux venir en aide aux enfants des familles pauvres, condition nécessaire pour une égalité des droits ;
- une politique globale pour une école plus inclusive qui s’organise pour privilégier le "scolariser ensemble" au cours de la scolarité obligatoire et permettre à tous les élèves de réussir ;
- une politique de formation et de gestion de ressources humaines pour réduire les inégalités ;
- une alliance éducative entre l’école, les parents et les collectivités territoriales, les associations."

Suivent quelque soixante-huit préconisations, à court et à moyen terme, concernant : la connaissance de la grande pauvreté, les réponses aux difficultés sociales er de santé, la concentration des efforts et des moyens, la promotion d’une école plus inclusive et de la mixité sociale et scolaire, des pistes pour réaliser et faire vivre l’hétérogénéité de la population scolaire, l’accompagnement du travail personnel des élèves, la formation et la gestion des ressources humaines, une alliance éducative entre l’école et ses partenaires, les relations familles pauvres et école, la réussite scolaire et la réussite éducative.

Parmi ces préconisations, à noter :
- rechercher une meilleure répartition géographique des familles nouvellement arrivées en France pour éviter une trop forte concentration des enfants dans les écoles et les établissements scolaires ;
- faire en sorte que la restauration scolaire devienne un droit sans aucune condition restrictive ;
- mettre en place des conventions agence régionale de santé-rectorats-collectivités territoriales pour trouver des réponses locales et concrètes aux problèmes d’accessibilité géographique aux soins, en zone rurale comme en zone urbaine ;
- poursuivre le développement, en collaboration aves les collectivités territoriales, de l’implantation de centres médico-scolaires dans les territoires à besoins spécifiques, afin de faciliter la mise en réseau et l’organisation des réponses aux besoins identifiés ;
- coordonner dans chaque académie, et en lien avec les collectivités territoriales, une politique d’aide à l’hébergement en internat pour les publics les plus en difficulté
 

Aller plus loin

Le rapport "Grande pauvreté et réussite scolaire"

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