Imprimer

A la une

Lundi 17 Octobre 2016

L’école française : la plus inégalitaire des pays de l’OCDE ?

Comment, en France, l’école amplifie-t-elle les inégalités sociales et migratoires ? Un rapport du Conseil national d’évaluation du système scolaire (Cnesco), daté de septembre 2016, relève que depuis 15 ans, les injustices progressent dans l’école française. Une situation paradoxale, selon la présidente du Cnesco, Nathalie Mons, professeure de sociologie à l’université de Cergy-Pontoise, qui souligne la "volonté farouche et déterminée" affichée par le politique de construire une école "républicaine, moteur de justice sociale et socle de notre modèle d’intégration à la française" tout en notant les résultats des enquêtes triennales PISA (Program for International Student Assessment ; en français : "Programme international pour le suivi des acquis des élèves") qui révèlent des inégalités sociales et migratoires en forte progression, et situent désormais la France en queue des pays de l’OCDE, alors qu’elle était plutôt dans la moyenne dans les années 2000, lors des premières enquêtes.

Comment en est-on arrivé là ? Pour le savoir, le Cnesco a demandé à 22 équipes de recherche (composées de sociologues, économistes, didacticiens, psychologues, français et étrangers) de se pencher sur les données les plus récentes pour dresser un bilan de la justice à l’école en France et comprendre comment celle-ci "fabrique de l’injustice scolaire".
 
Parmi les responsabilités mises en avant par les chercheurs, celle des politiques scolaires, qualifiée de « centrale » : rénovation incessante du collège, multiplication sans répit des dispositifs de suivi individualisé des élèves (depuis le  soutien aux élèves de 6e et 5e dès 1977 à l’aide personnalisée dans la réforme 2016 du collège, en passant durant les années 1990-2000 par l’aide individualisée, l’aide au travail personnel…). S’y ajoutent la multiplication des travaux interdisciplinaires, visant à redonner le goût des apprentissages aux élèves en difficulté (parcours diversifiés dès les années 1990, travaux croisés et itinéraires de découvertes (IDD) début 2000, enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) dans la réforme 2016 du collège). Mais aussi intégration du social dans les politiques d’orientation dans les années 2000 (mesures d’ouverture sociale vers les classes préparatoires aux grandes écoles, quotas à l’entrée des sections de technicien supérieur/STS, dispositif des "meilleurs bacheliers"…). Comment tant d’énergie, tant d’activisme ont-ils produit des résultats aussi médiocres ?

Au premier rang des causes pointées du doigt, les défauts de gouvernance "à la française", caractérisée par : peu d’expérimentations des réformes fondées sur des protocoles scientifiques solides, peu d’évaluation des effets des dispositifs mis en place, avec, au final, des "cumuls de mesures" sans lisibilité, peu efficaces, peu convaincantes pour les acteurs de terrain sensées les mettre en œuvre, et qui ne changent pas fondamentalement les pratiques pédagogiques et l’expérience scolaire au quotidien des élèves français.

Et l’éducation prioritaire dans tout cela ? Mise en place en 1981, elle devait être temporaire et cibler les établissements les plus défavorisés pour leur octroyer des moyens supplémentaires. Or, 35 ans plus tard, les effectifs concernés vont croissant (10% des collégiens en 1982, plus  de 20% en 2015) et les moyens "ne sont pas dirigés vers les dimensions efficaces de l’enseignement", estime le Cnesco, qui dénonce au contraire : des temps d’enseignement plus courts, des méthodes pédagogiques moins efficaces pour les apprentissages complexes, des enseignants moins expérimentés, davantage de non-titulaires, un climat scolaire moins favorable… Résultat : "Sur un ensemble large de facteurs cruciaux réellement liés aux apprentissages, les élèves socialement défavorisés et issus de l’immigration sont victimes de discrimination négative", alerte le rapport.


Aller plus loin

Le rapport du Cnesco

La synthèse

ShareThis
Connexite Premium

Publicité