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Mardi 28 Juin 2016

Le Brexit redistribue les cartes dans l’écosystème technologique en Europe

Impossible de ne pas être au courant, les journaux du monde entier en ont fait leurs gros titres: le Royaume-Uni sort de l’Union européenne. La scène technologique britannique le craignait, les citoyens l’ont fait… le Brexit est officiel. S’il est encore trop tôt pour en évaluer les conséquences, il semble certain que chaque pan de la société et de l’économie britannique sera affecté par cette décision surprenante. Et particulièrement du côté des entreprises technologiques et innovantes, le pessimisme est de mise.

Le marché des jeux vidéos ne voulait pas jouer au Brexit… la FinTech non plus

La rapide réaction des marchés financiers suite à l’annonce du Brexit a été sans appel: les actions technologiques ont fortement chuté (Alphabet, Apple, HP, IBM, Intel, Microsoft ou PayPal) et la Livre Sterling a perdu près de 12% de sa valeur face au dollar. La perte de pouvoir d’achat qui en résulte pour les Britanniques menace plusieurs secteurs technologiques, comme l’industrie des jeux vidéos.

Avec près de 4 milliards de dollars de dépenses par an, le Royaume-Uni est le 6e plus gros marché de jeux vidéos devant des pays comme la France, le Canada ou même l’ensemble des pays d’Asie du Sud-Est. Le marché du jeu mobile est particulièrement dynamique avec  notamment le succès mondial de la saga Candy Crush. L’écroulement de la monnaie britannique entraine une augmentation du prix des jeux vidéos et les ressortissants de Sa Majesté ne pourront plus s’en offrir autant qu’auparavant. Les ventes devraient donc fortement ralentir dans un futur proche. De plus, les stratégies de développement des entreprises du secteur devraient aussi favoriser d’autres pays que le Royaume-Uni. Ainsi Peter Warman, le CEO de Newzoo (entreprise d’information et d’analyse de données des marchés du jeu vidéo, de l’e-sport et de l’intelligence mobile), affirme que les grandes entreprises de l’univers du jeu vidéo n’installeront évidemment plus leurs sièges européens à Londres et que certains acteurs majeurs, comme Sega et King, pensent déjà à délocaliser les leurs sous d’autres cieux sur le continent.

Les conséquences sont encore plus dramatiques pour la FinTech anglaise qui s’enorgueillit aujourd’hui d’être la plus puissante en Europe, avec des fleurons comme TransferWise, entreprise valorisée à plus d’1 milliard de dollars. Il est vrai que les startups FinTech du Royaume-Uni ont reçu 850 millions d’euros d’investissements l’an dernier, soit quatre fois plus que leurs homologues allemandes et bien plus que les françaises. Jusqu’à présent, ces acteurs de la FinTech britannique bénéficiaient du “passporting” qui est une directive permettant a une entreprise ayant un accord bancaire signé dans un pays membre de l’Union européenne d’offrir ses services dans le reste de l’UE sans avoir besoin d’autorisations supplémentaires des régulateurs nationaux. La fin de cet avantage handicape fortement les entreprises FinTech britanniques qui auront des problématiques de coûts et de temps bien plus importantes que leurs concurrents installés à Berlin, Dublin ou Paris.

Délocalisations et fuite de talents menacent l’ensemble du tissu économique britannique et lancent le jeu des chaises musicales

Si l’exemple des entreprises du jeu vidéo et de la FinTech est frappant, il est logique de penser que tous les secteurs de l’industrie britannique seront confrontés à ce genre de problèmes: délocalisation des sièges européens des multinationales étrangères, baisse des ventes intérieures en raison de la perte de pouvoir d’achat des citoyens, etc. Sans oublier une diminution du pouvoir d’attraction des talents étrangers. En effet Taavet Hinrikus, le CEO de TransferWise, expliquait qu’un tiers de ses employés du bureau londonien sont des profils qualifiés venant d’autres pays de l’UE: avec le Brexit ils auront certainement besoin de permis de travail (dont le dossier est long et coûteux). La facilité de recrutement de talents étrangers a toujours été un enjeu majeur pour les hubs de startups, comme les discussions sur les Visas startups aux Etats-Unis l’ont si souvent démontré.

Avec le Brexit, le Royaume-Uni risque d’aller en contre-sens et de refroidir les travailleurs étrangers de venir s’installer dans la grisaille anglaise. Pour toutes ces raisons, le CEO de TransferWise envisageait même carrément un départ de Londres. Si nous n’en sommes pas encore là, il est certain que nombreux sont les pays de l’UE qui accueilleraient son entreprise à bras ouverts… et cela marque bien le début d’une vraie stratégie de séduction à établir pour les voisins européens. Evidemment cet hara-kiri londonien a lancé un véritable jeu de chaises musicales avec Berlin ou Paris qui rêveraient d’attirer les investissements, talents et réussites entrepreneuriales et industriels désormais trop à l’étroit sur le sol britannique.

Nos gouvernants auront un rôle déterminant dans l’allocation des ressources qui vont fuir le Royaume-Uni. Ainsi c’est véritablement le moment de prendre ses responsabilités, de positionner l’Hexagone comme le centre des startups et entreprises technologique en Europe et de coiffer sur le poteau Berlin, Amsterdam ou Stockholm.

La responsabilité des entrepreneurs: les hommes sont le vrai ciment des peuples

Si de nombreux observateurs voient dans le Brexit une illustration d’un cloisonnement des populations, d’un repli sur soi à la fois identitaire et économique, et que la course pour s’octroyer les richesses britanniques en fuite devient sans pitié, alors les entrepreneurs auront aussi un rôle à jouer dans ce drame européen. Alors qu’il parlait au Global Entrepreneurship Summit 2016, le président Barack Obama s’est adressé à tous les entrepreneurs du monde pour les mettre devant leurs responsabilités concernant le Brexit: “vous allez être les éléments permettant à ce processus d’intégration globale de fonctionner d’une manière qui soit juste pour tout le monde, pas uniquement pour certains. Vous êtes le pont qui mène à un futur prospère et offrant des opportunités à tous”. Un beau discours, mais la course européenne est lancée… soyons les premiers !

 

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