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Mardi 11 Octobre 2016

Baromètre 2016 des startups en France: des messages clefs pour le débat présidentiel

Etude EY-France Digitale: quatre messages pour un état des lieux

Il y a quelques semaines, le cabinet de conseil EY et l’association France Digitale publiaient la cinquième édition du “baromètre 2016 : la performance économique et sociale des startups numériques en France”. Créée en 2012, France Digitale réunit les principaux acteurs de l'écosystème du numérique français (entrepreneurs, investisseurs et influenceurs) pour promouvoir leurs activités, rôles et besoins auprès des pouvoirs publics. Ce baromètre 2016 a rencontré un franc succès auprès des startups qui ont été nombreuses à vouloir répondre au questionnaire proposé et participer ainsi à la concertation nationale: 224 startups ont répondu, soit un nombre de répondants en hausse de 31% comparé au baromètre de l'année dernière.

En résumé, cette enquête a mis en exergue quatre messages clefs :

1) Une croissance à la fois forte et viable: toutes les startups ayant répondu au baromètre ont en commun une forte croissance de leur chiffre d’affaire (+39% de moyenne en un an) portée aussi bien par leurs activités sur notre territoire que par leur action internationale (avec une répartition assez équilibrée puisque le total des chiffres d’affaires considérés est réalisé à 49% dans l’hexagone contre 51% à l’international). On voit donc que les champions internationaux comme Sigfox, Criteo ou BlaBlacar ont une relève de jeunes pousses ayant une vision fondamentalement mondialisée.

2) Un besoin de talents et un fort potentiel de création d’emplois conditionné à certaines réalités: les startups emploient de plus en plus de personnes, 13 postes créés en moyenne par entrepreneur, ce qui constitue une croissance des effectifs de 27% depuis l'année dernière. L’expansion internationale ne remet aucunement en cause les recrutements de citoyens français puisque pour chaque job créé à l’international, plus de 2 sont créés en France. Cette formidable création d’emplois n’est pas prête de s’arrêter puisque 94% des startups interrogées ont prévu de recruter encore l’année prochaine. En revanche, certaines difficultés et craintes peuvent freiner cette création de travail, puisqu’en termes de ressources humaines, les jeunes pousses trouvent difficilement les bons talents (surtout les bons profils techniques, développeurs, webmasters, etc., qui sont aujourd'hui une denrée rare et demandée), et considèrent le coût du travail comme un frein majeur (37% des startups interrogées s’en sont inquiétées).

3) Le financement reste un pilier clef et sensible au développement des startups: dans cette enquête, le financement est cité par les entrepreneurs comme le troisième frein le plus important à l’évolution de leurs projets. Pourtant, les montants levés par les jeunes pousses françaises sont sensiblement en hausse grâce à un environnement favorable : les dispositifs étatiques comme privés sont très dynamiques (la BPI France est l’investisseur le plus actif en Europe, Xavier Niel et son fonds de capital-risque sont particulièrement entreprenant financièrement, le label "Jeune Entreprise Innovante" est utilisé par 53% des répondants, etc.) alors que les investisseurs étrangers sont de plus en plus nombreux à parier sur l'écosystème français (29% des startups interrogées ont un investisseur étranger dans leur capital). En réalité, les solutions de financement sont là mais l'enquête montre par exemple que le nombre de startups utilisant le Crédit impôt recherche est en significative baisse (68% en 2015 contre 77% en 2013)... la conclusion du baromètre est que ce point “illustre un besoin d’adaptation des critères retenus pour ces dispositifs pour les start-ups qui dépensent massivement en frais marketing notamment pour gagner des parts de marché et accroître leurs revenus”.

4) La structure organisationnelle des startups définit un nouveau modèle d’entreprise: les jeunes pousses numériques adoptent des processus innovants (par exemple les méthodes agiles qui s’articulent autour d'itérations courtes permettant de modifier le produit ou service alors même qu’il est en cours de développement… cela pour satisfaire au mieux les clients), des hiérarchies beaucoup moins pyramidales, et surtout un intéressement des employés à la performance de l’entreprise au moyen d’instruments de capitaux propres: 98% des startups interrogées utilisent des instruments de capital. Ainsi, 70% des jeunes entreprises numériques utilisent des BSPCE (bons de souscription de parts de créateur d’entreprise) qui sont des bons donnant le droit au manager bénéficiaire de souscrire des actions dont le prix est fixé lors de l’attribution des BSPCE (évidemment si l'entreprise connaît le succès, le prix nominal de son action va augmenter et le détenteur du BSPCE pourra l’acheter à un prix bien plus intéressant).

Besoin de talents et besoins de financement: des pistes évoquées dans les débats pour la présidentielle 2017

La question du recrutement-formation de talents et des besoins de financement qui ressort de ce baromètre EY a fait réagir des personnalités politiques de premier rang au France Digitale Day il y a quelques jours. Ainsi François Fillon estime dans les colonnes de Maddyness qu’il faut “agir très tôt dans la formation des jeunes en généralisant l’enseignement du numérique notamment en instaurant un CAPES d’informatique et en inscrivant des rudiments de codage et de programmation dans les programmes scolaires”. Il fait aussi le constat que la culture entrepreneuriale est assez faible dans le secteur de la recherche et c’est pourquoi il propose une “privatisation des unités de valorisation de la recherche qui seraient dirigés par des entrepreneurs”. Sur les besoins de financement, François Fillon comme Alain Juppé et Axelle Lemaire sont conscients du problème et l’aborde sous l’angle de la fiscalité: Alain Juppé souhaite baisser le niveau d’impôt sur les sociétés à 24%, François Fillon s’est dit en faveur d’une suppression de l’impôt sur la fortune et d’une défiscalisation des investissements des petites et moyennes entreprises, alors qu’Axelle Lemaire a affirmé que “le compte investisseur verra le jour” (le compte entrepreneur-investisseur est un dispositif qui vise à alléger la fiscalité pour les business angels, et encourager ainsi l’investissement dans les startups innovantes). Dans cette période électorale qui commence, les rapports, baromètres et enquêtes auront une portée très forte puisqu’ils conduiront le débat sur des questions concrètes pour le numérique français.

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