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Mardi 17 Janvier 2017

Axelle Lemaire et l’écosystème d’innovation en France : une réflexion globale, mondiale et régionale

Depuis quelques jours le Consumer Electronics Show (CES) du début du mois à Las Vegas cristallise l’actualité technologique : quelles sont les tendances et entreprises qui s’y sont distinguées ? Quelle déclaration a fait du bruit ? etc., etc. Comme lors de chaque édition de cet iconique salon mondial consacré à l’innovation technologique en électronique grand public, les acteurs français ont attiré beaucoup de lumière : avec nos 233 startups présentes, la France était la troisième plus importante délégation derrière les Etats-Unis et la Chine. Et en plus de nos entreprises, notre secrétaire d'État auprès du ministre de l'Économie et des Finances, chargée du Numérique et de l'Innovation, Axelle Lemaire, s’est aussi distinguée : pas seulement en jouant la Marseillaise sur un violon imprimé en 3D (une vidéo qui a créé le buzz) mais surtout en présentant une vision stratégique du développement de l’écosystème français.

Les écosystèmes européens de plus en plus interconnectés

Alors que des journalistes lui demandaient qui de Paris ou Berlin était en position de force pour s’imposer sur un continent post-Brexit, Axelle Lemaire a refusé de tomber dans une bataille de clocher, affirmant qu’elle voit peu de sens à comparer l’écosystème français à son homologue allemand : "C’est contre-productif tant les écosystèmes des grands pays européens sont de plus en plus profondément interconnectés, jusqu’à en devenir presque indissociables". De plus, les entreprises innovantes européennes font face à une féroce concurrence des Etats-Unis et de la Chine, donc l’objectif prioritaire est bien plus de créer des champions européens que de perdre du temps, de l’argent et de l’énergie à disserter sur qui de la France ou de l’Allemagne mène l’Europe de l’innovation. D’ailleurs sur ce sujet elle pense que l’Union européenne a un vrai rôle à jouer pour inventer, structurer et promouvoir un cadre homogène et fertile de développement pour des champions européens de l’innovation.

Le Brexit : une chance pour l’écosystème français ?

Pour autant, la secrétaire d’Etat relève que beaucoup d’entreprises britanniques ont pris contact avec des dirigeants français pour connaitre les modalités d’installation sur notre sol : "Dans tous les cas, qu’elles aient décidé de partir du Royaume-Uni ou non, on observe un intérêt de plus en plus fort des startups de la Fintech britannique pour l’écosystème français, et cela complètement indépendamment du Brexit. En fait, on récolte aujourd’hui les fruits d’une politique de longue haleine illustrée notamment par la French Tech et par toutes les initiatives publiques et privées visant à développer et faire rayonner l’écosystème hexagonal". Elle prédit d’ailleurs que de nombreux autres acteurs innovants (mais pas seulement) déménageront dans les mois qui viennent, lorsque l’agenda du Brexit sera un peu plus clair.

Ecole du numérique, écoles de coding… de nombreuses initiatives

Sur les questions post-Brexit, elle regrette qu’on sous-estime le savoir-faire de la France dans le domaine de la Fintech alors que le marché est de belle taille (65 millions de cartes de paiement circulent en France), qu’un certain nombre d’acteurs pionniers et emblématiques de l’innovation technologique financière ont vu le jour chez nous (Gemalto, Ingenico) et que notre pays peut finalement se vanter d’avoir des ingénieurs dont le niveau est reconnu et envié au niveau mondial (une composante capitale dans un secteur de pointe où les compétences techniques sont clefs). Sur la dimension éducative, la secrétaire d’Etat assure que de nombreuses initiatives existent pour intégrer des cours de "code informatique" (coding) à l’école : le ministère de l’Education nationale a ainsi lancé un plan digital qui promeut l’usage d’outils numériques par les enfants et les professeurs du primaire jusqu’au lycée. Pour encourager et favoriser l’apprentissage de compétences informatiques, la Grande Ecole du numérique a aussi été créée : une base de 255 cours sur le digital en libre accès sur le Web et qui auront formé plus de 10.000 personnes au développement Web ou au graphic design d’ici à 2017. Nous avons des raisons d’être confiants puisque dans le classement CodinGame des meilleures écoles de coding dans le monde, le podium est 100% français : l’Ecole 42, l’Ensimag Grenoble et l’Insa Toulouse.

French Tech métropoles, écosystèmes locaux et écosystème national

Sinon, alors que des questions lui ont été posées sur son rôle d’ambassadeur de la French Tech et sur la politique de développement géographique de l’écosystème en France, elle a assuré que sa présence à des événements comme le CES à Las Vegas ou le TechCrunch Disrupt à Londres ne lui fait absolument pas oublier sa mission quotidienne au niveau national et même régional : "les startups portent une réflexion globale et mondiale : mon rôle est donc de penser de la même manière, et d’être présente lors d’événements aussi importants et médiatiques que le CES ou TechCrunch Disrupt London, mais rassurez-vous cela ne me détourne pas de mon rôle local, par exemple dans le cadre des French Tech métropoles". De ce point de vue, elle souligne l’importance de créer un écosystème national bien distribué et surtout non concentré en un seul endroit (la tentation dangereuse de Paris et du désert français). C’est pourquoi le maillage de la French Tech a été pensé comme un réseau neuronal s’articulant autour de nœuds locaux : les 13 French Tech métropoles comme Montpellier, Bordeaux, Grenoble et Lille forment de robustes écosystèmes locaux capables de distribuer, encourager et sourcer l’innovation sur l’ensemble du territoire. Et pour connecter tous ces nœuds d’innovation entre eux pour former l’écosystème neuronal, le Gouvernement a massivement investi dans les infrastructures physiques de connectivité Web : en 2013 un programme de 20 Md€ voyait le jour pour développer et étendre le réseau de fibre optique aux quatre coins du pays. Selon le Gouvernement, d’ici 2024 toutes les villes et tous les villages de l’Hexagone auront accès à un Internet très haut débit.

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