Imprimer

A la une

Jeudi 14 Avril 2016

Alerte du Secours catholique : l'Île-de-France est la région "la plus riche et la plus inégalitaire de France"

"L’Île-de-France est une terre d’inégalités. Et les disparités se creusent au fil des années". Et s’il fallait s’en convaincre, la lecture seule du sommaire de l’étude du Secours catholique-Caritas France intitulée "La fracture territoriale – Analyse croisée des inégalités en Île-de-France", en est une démonstration : "Les plus fortes inégalités de ressources de France", "Un fort déséquilibre territorial en matière de logement social" ; "Une répartition géographique inéquitable de l’hébergement d’urgence", "Les inégalités croissantes du système éducatif", "Un mauvais équilibre dans l’accès aux soins"… Bref, tous les ingrédients du "risque majeur de déchirure du tissu social" pour lequel l’association veut lancer une alerte.

"Cette étude est issue de la perception de nos bénévoles sur le terrain (Ndlr : quelque 9.000 en Île-de-France), selon laquelle les lieux de pauvreté se renforcent de plus en plus", déclare, dans un entretien publié sur le site du Secours catholique, Hervé du Souich, président de la délégation des Yvelines et co-auteur de l’étude. "Pauvreté", le mot est lâché ! Selon Hervé du Souich, il ressort principalement de l’étude que "les lieux de pauvreté décrochent sur tous les tableaux à la fois : sur le plan économique mais aussi sociologique – avec une augmentation du nombre de familles monoparentales – ainsi qu’au niveau de l’accès à l’éducation et à la santé. Avec en prime, une aggravation au fil des années". Il ajoute : "Tous les indicateurs sont au rouge : chômage, grande pauvreté, échec scolaire… Les pouvoirs publics et le monde associatif prennent des mesures, et pourtant, la dégradation se poursuit. Les pauvretés se concentrent de plus en plus dans les mêmes lieux, le nombre des personnes concernées s’accroît et la pauvreté s’intensifie". Et lorsque la question lui est posée quant aux causes de cette fracture territoriale, il répond : "Un point clé est le déséquilibre dans l’accès au logement très social et à l’hébergement d’urgence, qui entretient le regroupement des pauvretés. Prenons l’exemple du Samu social : il héberge plus de 30.000 personnes dans des hôtels qui sont, à 80%, situés dans des lieux de pauvreté. On charge la barque de territoires déjà en grande difficulté". Et encore : "Il y a un problème de coût du foncier, qui rend onéreux la construction de logements sociaux dans les villes résidentielles. Il y a aussi un problème politique. On se cogne aux égoïsmes des communes qui se portent bien et ne souhaitent pas « abîmer » leur qualité de vie en accueillant du logement très social et en faisant œuvre de solidarité". Alors, que préconise son association ? "Nous demandons principalement la relance d’un plan ambitieux de construction de logements très sociaux, réellement accessibles aux personnes en situation de pauvreté. La loi SRU laisse encore trop la possibilité aux communes de se concentrer sur du logement social haut de gamme. […] Il faut cesser de constituer des îlots de pauvreté, qui conduisent à ce qu’une frange de la société regarde l’autre vivre sans elle".

Dans son introduction, l’étude rappelle que l’Île-de-France est la première région économique de France avec un PIB qui représente 31% de la richesse nationale. Mais elle s’empresse d’ajouter : elle "est aussi la région la plus inégalitaire. Elle rassemble à la fois les personnes les plus riches mais aussi les plus pauvres de notre pays. Toutefois, ces populations ne se mélangent pas et vivent en des lieux nettement différenciés".

Certains chiffres parlent d’eux-mêmes, pour illustrer la situation de pauvreté :
- 15% des ménages (soit près d’1,8 millions de personnes) disposent de moins de 990 euros par mois par UC (unité de consommation) contre 14,3% en France métropolitaine. Un taux qui dépasse les 20% en Seine-Saint-Denis et dans les 18e, 19e et 20e arrondissements de Paris.
- La moitié des ménages pauvres franciliens (soit près de 900.000 personnes) vivent avec moins de 750 euros par mois par UC, niveau inférieur au seuil de pauvreté contre 21% pour la France métropolitaine.
- En huit ans (2004-2012), la proportion de ménages pauvres en Île-de-France a augmenté deux fois plus vite qu’en France métropolitaine (+ 5 points contre + 2,6 points).
- La grande pauvreté (revenu disponible inférieur à 40% du revenu médian) ne fait que s’accroître et est passée en 4 ans (de 2007 à 2011) de 2,8% à 3,3% de la population francilienne, soit près de 400.000 personnes.
- Le taux de pauvreté des enfants s’établit au niveau régional à 24,3 % en 2013 (contre 22 % quatre ans auparavant), soit une progression de + 2,3 points par rapport à 2009. Fin 2013, la pauvreté frappe donc en Île-de-France près d’un enfant sur quatre.

Quant aux fortes disparités qui caractérisent cette région et représentent un sérieux risque de fracture territoriale, l’étude constate par exemple un écart de plus de 50% entre le revenu médian disponible de Seine-Saint-Denis et celui des Hauts-de-Seine mais aussi "au sein de chaque département avec une très forte concentration des pauvretés dans certaines communes ou certains arrondissements".

Même constat concernant ces mêmes communes à propos des demandeurs d’emploi, avec notamment un taux de chômage nettement plus élevé et une forte concentration d’allocataires du RSA ou de familles monoparentales.

Une situation qui affecte également la santé (taux de mortalité dû au cancer plus élevé, progression de l’obésité et de l’insécurité alimentaire) et l’éducation (l'étude relève l'affirmation, par un rapport de l’inspection de l’Education nationale, du lien direct entre la proportion de personnes en situation de pauvreté dans une commune ou un établissement et le taux d’échec scolaire enregistré dans ces mêmes lieux).

Globalement, souligne l’étude, "la cause première de cette fracture territoriale aux effets désastreux réside pour une part dans l’insuffisance de logements réellement accessibles aux personnes en situation de pauvreté, mais aussi et surtout dans leur seule concentration dans certaines communes ou certains quartiers d’Île-de-France". Une inégalité territoriale "principalement liée à l’évolution du coût du foncier dans la région, rendant très onéreuse la construction de logement sociaux dans les villes résidentielles, et renforcée par la volonté clairement exprimée de certains élus (traduisant très souvent le désir de leurs électeurs) de na pas ouvrir les porte de leur commune aux personnes les plus fragiles, surtout si elles sont issues de l’immigration".

Au final, si le Secours Catholique Caritas France salue les travaux en cours pour la création d’un schéma régional de l’habitat et de l’hébergement (SRHH), il demande qu’y soit intégré "un plan de construction de logements réellement accessibles aux personnes les plus pauvres représentant au moins 40% des 35.000 nouveaux logements sociaux qui devraient être ouverts chaque année en Île-de-France". Parmi les autres vœux exprimés par l'association, celui de la constitution d’un "observatoire chargé de mesurer chaque année l’évolution de l’équilibre territorial de l’Île-de-France, composé de représentants de l’Etat, de la région et du secteur associatif".

Aller plus loin

Le document "La fracture territoriale – Analyse croisée des inégalités en Île-de-France"

ShareThis
Connexite Premium

Publicité